Serena (Svalbard) : « Jouer sur scène, c’est le seul moment dans ma vie où je ne me sens ni anxieuse, ni dépressive. » (FR/ENG)

 

[English Version Below]

 

Version française

 

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Svalbard, intitulé The Weight Of The Mask, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Serena Cherry pour parler de la composition et du sens de cet album.

 

Ce nouvel album est très brutal et heavy, bien plus que le précédent album. Comment vous avez choisi la direction musicale pendant l’écriture des chansons ?
C’est intéressant. On écrit tous ensemble. On se retrouve dans un studio pour bosser sur les chansons, tout le monde contribue à l’écriture. On n’avait pas spécialement en tête d’écrire quelque chose de heavy, on a juste laissé couler nos idées. On a créé ce qui nous semblait naturel comme musique sur le moment. Pendant que l’on écrivait cet album, on ressentait beaucoup de frustration et d’agressivité à cause de la pandémie, le confinement, c’est sûr que ça a eu une influence sur notre manière d’écrire. Ça a fini par être très violent comme musique. Mais on ne s’est jamais concerté pour se dire qu’on voulait quelque chose de très heavy. Ça s’est fait naturellement. Ce qui est intéressant, c’est aussi que cet album est violent de différentes manières. Pour certaines chansons, comme Faking It et Eternal Spirit, c’est musicalement les chansons les plus violentes qu’on ait jamais créées. Et puis, il y a des chansons comme How To Swim Down qui est l’une des chansons les plus prenantes émotionnellement que l’on ait jamais écrites. Il y a beaucoup de façons différentes d’être heavy !

 

Comment vous composez tous ensemble ? Qui fait quoi ?
J’écris toutes mes parties de guitare et j’écris également les paroles. En gros, comme on travaille tous ensemble, ça commence généralement par moi ou Liam qui a une idée de riff. Ensuite, j’écris mon lead à partir de son riff ou il écrit sa rythmique sur mon lead. Ensuite, on apporte ça au studio où Mark va ajouter la batterie et Matt va ajouter de la basse… Cependant, tout le monde doit être entièrement satisfait avec le morceau avant qu’on la valide et qu’on continue à travailler dessus. Ça prend beaucoup de temps d’écrire de cette façon, c’est démocratique. Quand toute la musique est créée, je commence à écrire les paroles avec ce que m’inspire la musique. Je n’écris jamais les paroles en même temps que la musique, je veux que le morceau soit terminé en termes de musique pour que je puisse vraiment accorder les paroles à l’atmosphère de la chanson par la suite.

 

Sur cet album, vous n’avez pas juste une chanson calme, puis une musique très énergique, c’est plutôt comme si tout était mélangé. Comment s’est articulé vos discussions sur le rythme des morceaux ?
Je pense que c’est une question de contraste. C’est vraiment le mot que j’utiliserai pour décrire cet album. On a mélangé des passages très atmosphériques avec des passages très violents. Il y a beaucoup de contraste mais ça donne aussi à chaque élément sa signification. Si c’est juste violent tout le temps, Je m’inquiète que ça va perdre son impact, c’est pourquoi je pense qu’on a besoin de passages plus calmes. Ironiquement, cet album a les passages les plus violents que l’on ait jamais écrits, mais aussi les passages les plus calmes jamais réalisés ! Ça lui donne aussi davantage de qualités. On ne veut pas écrire une chanson prédictible, où on devine ce qui arrive. Le contraste entre les parties sombres et lumineuses est vraiment nécessaire.

 

 

C’est vrai qu’il y a des passages très originaux sur cet album, comme November. Je pense que c’est ma chanson favorite car le passage parlé m’a marquée.
Merci ! Cette chanson a été inspirée par la chanson For Your Demons du groupe Saturnus. C’est en l’écoutant que j’ai eu l’idée d’intégrer des paroles parlées !

 

Vous avez également des parties beaucoup plus symphoniques avec l’ajout de violons. Comment vous avez créé ça dans le mix ?
Comment le violon s’est retrouvé sur l’album ? Et bien… C’est Liam qui joue le violon sur How To Swim Down. Il joue du violon dans son autre groupe, Morrow, et je suis allée les voir jouer. Je lui ai dit après le concert « pourquoi tu ne fais pas ça dans Svalbard aussi ? ». On devait trouver une chanson avec laquelle ça marchait bien. Avec How To Swim Down, comme c’est une lent et très atmosphérique, c’était parfait d’ajouter des violons lancinants. Liam a créé 6 couches de son avec son violon, il a fait un travail fantastique, je pense que ça ajoute quelque chose de vraiment unique à la chanson ! J’aimerais beaucoup qu’il continue à faire ça sur les prochains morceaux.

 

Les paroles des chansons sont assez lourdes et chargées émotionnellement. Ça représente ce que tu ressens ?
Au niveau des paroles, cet album raconte mon combat contre la dépression et comment ça impacte mes relations avec moi-même, avec mes proches, avec tout le monde. C’est à propos de la pression que l’on a de faire comme si tout allait bien et que l’ont doit toujours porter ce masque qui finit par créer une barrière entre toi-même et le reste du monde. Expérimenter ces pensées noires tout en prétendant que ça va en même temps, ça isole complètement. Je raconte sur cet album ce fragile équilibre entre ton combat intérieur d’un côté, et ce que tu montres publiquement de l’autre. C’est l’album le plus personnel que j’ai jamais écrit en termes de paroles. C’est tellement focalisé sur mes problèmes avec ma maladie. Les précédents albums avaient toujours quelques chansons plus politiques ou sociales, mais il n’en est rien sur celui-ci. Quand on traverse une mauvaise période de dépression, ça en devient tellement omniprésent que tu ne peux te concentrer sur rien d’autre. C’était mon état d’esprit quand j’ai écrit… Donc, ça a dominé toutes les paroles, car c’est tout ce que je pouvais voir à ce moment-là.

 

Avec des paroles aussi personnelles, n’est-ce pas difficile de les partager au monde entier ?
Si, complètement. Ça me rend très vulnérable de partager ces sentiments, alors que n’importe qui peut lire et connaître mes plus profonds états d’âme. C’est comme si j’offrais mon cœur à tout le monde. Être aussi honnête peut nous fragiliser. Parfois, j’écris une chanson sur une mauvaise expérience que j’ai pu vivre, et la jouer ensuite tous les soirs sur scène, c’est comme rouvrir la plaie et revivre cette mauvaise expérience encore et encore. Le point positif, c’est que le pouvoir de résonnance est très puissant. Je veux que nos paroles puissent atteindre des gens qui sont aussi en dépression, et je veux que ces paroles puissent les conforter dans leur honnêteté et leur sincérité. Encore une fois, c’est une question d’équilibre, vu qu’écrire là-dessus m’impacte en tant que personne mais j’ai aussi l’impression que ça aide les autres.

 

 

Comment tu te sens sur scène, quand tu t’exprimes à travers tes paroles si honnêtes ?
Quand je suis sur scène, c’est le seul moment dans ma vie où je ne me sens ni anxieuse, ni dépressive. J’ai l’impression qu’être sur scène à crier ces mots me donne beaucoup de puissance. Quand je regarde le public et que je vois des gens qui crient aussi ces mots en retour, c’est l’expérience la plus touchante que j’ai jamais eue. Ça montre que mes paroles, dans nos propres chansons, peuvent résonner avec d’autre gens. Ça donne tout son sens à ce que l’on fait, c’est tellement touchant. Jouer sur scène me fait sentir libre, je peux sortir tout ce que j’ai sur le cœur. Je ne sais pas ce que je ferais si je ne pouvais pas jouer en live ! J’en perdrais la tête, c’est vraiment ce qui me fait vivre.

 

Comment l’image de couverture de l’album reflète le thème de celui-ci ?
Sur l’album, on peut voir un masque fait avec le crâne d’un animal mort. Cet animal représente la perte d’innocence et d’espoir. La personne qui le tient se fait envahir par les feuilles et la nature, elle se fait recouvrir de fleurs. Ça représente le sentiment de se faire enterrer vivant pendant que l’on combat la dépression. Ça montre aussi la façon dont ça te distance des autres personnes. L’image reflète complètement la pression qui accompagne la dépression, et à quel point ça peut isoler quelqu’un.

 

Développons un peu le sujet de la musique live. Vous avez joué au Hellfest cette année, comment c’était ?
Jouer au Hellfest est un rêve devenu réalité pour moi. Je n’arrive toujours pas à croire que c’est arrivé. On a passé un excellent moment, c’est vraiment un des meilleurs concerts qu’on ait pu donner. J’adore ce festival. Tout le monde dit que c’est un peu le Disneyland du metal, et c’est vrai ! C’est magique. Il y a tellement de choses à faire et à voir. On est resté tout le week end, on a vu tellement de groupes géniaux et on a kiffé les monuments avec le feu. Je pense que le Hellfest c’est un vrai phénomène culturel dans l’univers metal, c’était un honneur d’y jouer. La foule était incroyable, l’atmosphère est excellente, c’était vraiment génial !

 

Vous allez faire une tournée pour promouvoir cet album ?
En Octobre, juste après la sortie de l’album, on va faire une courte tournée en Europe. On va jouer à Paris, au Backstage By The Mill. C’est un tour où l’on est en tête d’affiche, donc ça veut dire un set plus long, avec plein de nouvelles chansons du nouvel album qu’on a hâte de jouer ! A part ça, on travail sur d’autres projets de tournée, j’espère pouvoir annoncer d’autres tournées super cool bientôt ! Alors à bientôt !

 

The Weight Of The Mask sort le 06 Octobre 2023.

Tracklist :

1. Faking It
2. Eternal Spirits
3. Defiance
4. November
5. Lights Out
6. How To Swim Down
7. Be My Tomb
8. Pillar In The Sand
9. To Wilt Beneath The Weight

 

English version

A new album is going out for Svalbard, called The Weight Of The Mask. For the occasion, I had the opportunity to chat with Serena Cherry about the conception and meaning of this album.

 

The album is very heavy, even more than the previous ones. How did you choose the direction of the album when writing?
That’s interesting. We write collaboratively. We meet in a studio together to work on songs, everyone contributes. We don’t especially have in mind to write something heavier, we just let the ideas flow. We see where it goes, what feels natural to us at the time. I think when we were writing this album, we had a lot of aggression and frustration, with things like the pandemic, the lockdown, it definitely influenced the album. It ended up being very heavy. But we never sat down and clearly said we would be writing a heavier album. It just naturally ended up that way. What is interesting is also that it is heavy in multiple ways. Some songs, like Faking It and Eternal Spirit, are musically some of the heaviest songs we have ever written. Then, you have songs like How To Swim Down that are some of the emotionally heaviest songs we have made. There are a lot of different ways to be heavy!

 

How do you compose the songs together? What is everyone’s role?
I write all my guitar parts and I write all the lyrics. Basically, we all work together, it usually starts with Liam or me having a riff. I will then write my lead over his riff or he will write his riff over my lead. Then, we bring that in the studio with Matt and Mark. Mark will add drums, Matt will add his bass line… But everyone has to be fully happy with the sound before we can move on with the song. It takes a lot of time to write that way, it is sort of a democratic approach. When all the music is created, I will start to write lyrics that fit the song. I don’t write the lyrics at the same time we write the song; I want the music to be finished to fit lyrics to the atmosphere of the song afterwards.

 

On this album, it is not like you have one calm song and then one heavy song, it is more like everything is mixed together on every song. How were the composing decisions around that?
I think it is all about contrast. That’s definitely the word I would use to describe it. We have blended the atmospheric, ambient sections in together with the heavy sections as well. It has a lot of contrast and that is to give every element its own way. If it is just heavy all the time, I worry that it loses impact, that’s why we need softer parts. That’s why this album has some of the heavier parts but also has some of the gentlest songs we have ever written as well! That’s to give it more quality too. We don’t want to write a song that is predictable, where you know what is coming next. That contrast with light and dark parts is necessary.

 

 

It is true that there are some very original parts on the songs of the album, like for example, November. It is my favourite song I think, the speaking part is so touching!
Thank you! This song was inspired by the song For Your Demons of the band Saturnus. It is from that song that I got the idea to have spoken words!

 

You also have some more symphonic parts, for example the addition of violins. How did you add that in the mix?
How the violin came to be? Well… It’s Liam who played violin on How To Swim Down. He was playing violin in another band called Morrow, and I saw him play with them. I went to him and said “why don’t you do it in Svalbard as well?”. We had to find a song where it was right, where it fits. With How To Swim Down, as it is a slow and atmospheric song, it was perfect to add these mournful violins on top. Liam created 6 layers of violin in the studio, he did an amazing job, I think it really adds something unique to the sound of that song! I’d like him to do more things like that in the future.

 

lyrics of the songs are quite heavy, is it to represent your current feelings?
Lyrically, the album is about my struggle with depression and how it impacts my relationship with myself, with everyone around me, and how feeling the pressure to pretend that you are ok and that you have to wear a mask ends up creating a barrier between you and the rest of the world. It is so isolating to be experiencing these dark times and dark thoughts while pretending to be ok at the same time. This album is all about walking that tight rope between what you struggle with and what you present to the rest of the world. This album is the most personal album we have done lyrically. It is much more about my personal struggle with mental illness. Our previous albums had sociological or political songs, but there is not any of that on this one. Going through a bad patch of depression, it becomes all encompassing, and I was going through that at the time we were writing the album… So it dominated the lyrical theme, because it is so hard to see outside of that when you are going through it.

 

With lyrics that are so personal, is it difficult to share them with the rest of the world?
Absolutely. It feels very vulnerable to have these lyrics, when everyone who reads them can know my deepest and darkest experiences. It is very much like wearing your broken heart on your sleeves. It does make you feel fragile. Sometimes, you write a song about a negative experience that you had, and performing on tour every night is like reliving that negative experience every night, it is like ripping a wound open over and over again to write about the stuff. On the flip side, the power of resonance is really important. I want our lyrics to be able to come for other people who are experiencing depression and I want the words of these songs to be comforting in their honesty and bleakness. Again, it is a tight rope situation where writing lyrics so deep is detrimental to me as a person but I feel like it helps others.

 

 

How do you feel when you are in front of a crowd, expressing yourself like that?
When I am on stage is the one time in my life where I don’t feel anxious, self-conscious or depressed. I find being on stage screaming these words very empowering. When you look at the crowd and you see people screaming these words back, it is one of the most moving experiences I have ever had. It shows that our words on our songs have resonated with other people as well. It is a very meaningful and hearty thing to see. Playing live is where I feel free, I feel like I can let everything out. I don’t know what I would do if I couldn’t play live! I think I would lose my mind; it is definitely one of the things I live for.

 

How is the cover of the album linked to the album theme?
The album cover has a mask that is made from a dead animal. This dead animal represents that loss of innocence and natural hope. The person holding it is being consumed by leaves and nature, is being covered up by flowers. It represents the feeling of being buried alive by depression and mental illness. It also shows how it is holding you back from everyone else. The album artwork definitely conveys the pressure that accompanies depression and how isolating that can be.

 

Now, let’s talk about tours and live music. First, you played Hellfest this year, how was it?
Playing at Hellfest was a dream come true for me. I still can’t believe it really happened. We had the best time, it is one of my favourites shows we ever played, I absolutely loved this festival. Everyone says it is like metal Disneyland, and it really is! It is so magical. There is so much to see and do, we stayed the whole week end, we watched so many great bands, we enjoyed all the fire displays. I think Hellfest is like a cultural phenomenon when it comes to metal and it really was an honour to play there. The crowd was amazing, the atmosphere is great, it was so cool!

 

What are your touring plans for the promo of this album?
In October, when the album will be out, we will be doing a short European tour. We will be playing Paris, in Backstage By The Mill. It is a headline tour so, longer set, more new songs from the new album that we can’t wait to play live. After that, we are working on future plans and I am very excited about it, I hope we can announce very cool tours in the future!

 

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