Metallica – 72 Seasons

Un nouvel album de Metallica est forcément un évènement en soi, et on peut dire que le groupe a vu les choses en grand pour ce premier album depuis Hardwired… To Self-Destruct (2016) : des listening party dans des cinémas et des disquaires du monde entier, des affiches dans le métro parisien, des pop-ups store, une tournée mondiale des stades en support de l’album…

72 Seasons est-il à la hauteur de cette communication presque démesurée? Ma réponse est plutôt oui, avec une réserve : il ne faut pas s’attendre à un album dans la trempe de ce que faisait le groupe dans les années 80. Depuis le très controversé St. Anger (2003), le groupe nous a proposé deux albums assez similaires (Death Magnetic, 2008 et Hardwired… To Self-Destruct, 2016) et 72 Seasons s’inscrit pleinement dans cette lignée. Le format tout d’abord est le même : des albums longs (environ 1h15) composés d’une dizaine de morceaux. Quant au style musical, il est sans prise de risque voire minimaliste, ce qui n’est pas forcément un défaut, je trouve d’ailleurs ces deux précédents albums plutôt bons. Bref, pour apprécier cet album, il faut donc tout d’abord accepter que l’on ne va pas retrouver l’esprit et la magie des premiers albums de Metallica mais qu’on est dans la continuité du son Metallica du XXIème siècle. 

Ce préambule étant fait, on peut rentrer dans le cœur de 72 Seasons. Comme dit plus haut, l’album n’est pas vraiment original et il n’y a pas de prise de risque de la part de Metallica. On retrouve 12 morceaux assez similaires parmi lesquels aucun ne se démarque vraiment dans son style. Il n’y a pas de balade, de morceaux instrumentaux ou de morceaux explorant d’autres univers musicaux comme on peut en retrouver dans la discographie du groupe. Le groupe se concentre donc finalement sur ce qu’il sait faire de mieux : du thrash metal incisif, direct, mais épuré. Le son de la batterie de Lars Ulrich est à ce titre agressif tout en restant propre et net. On sent de manière générale que la production de l’album a été fignolé dans les moindres détails et qu’aucune note ne ressort plus qu’une autre.

Ce format d’album se heurte à une première limite qu’on retrouvait déjà dans les deux albums précédents : l’album est trop long. Pour un disque dans lequel on ne trouve pas vraiment de constructions progressives et pas d’expérimentations, certains morceaux paraissent rallongés (comme Inamorata) et les premières écoutes de l’album peuvent paraître interminables. Gardons cependant en tête que faire un album d’une heure quinze permet de le sortir en format double vinyle et de le vendre 40€… Ceci dit, cela permet au groupe de prendre le temps d’amener l’ensemble de ses contributions instrumentales. Et il faut dire que le rendu est vraiment convaincant sur If Darkness Had a Son, où se superposent tour à tour un tempo de batterie bien senti, un riff bien heavy puis différents riffs plus aigües qui ne laissent pas indifférents. A l’inverse, certains morceaux comme Crown of Barbed Wire, mettent beaucoup trop de temps à commencer. Ce morceau met par ailleurs en lumière selon moi un autre défaut qu’on retrouve sur quelques passages de 72 Seasons : le tempo est bien trop lent. Le très bon premier single de l’album Lux Æterna (qui fait penser au morceau Hardwired) laissait présager un album sur les chapeaux de roue, et les lyrics de ce morceau le suggérait d’ailleurs (« Full speed or nothing! ») mais force est de constater que l’ensemble de l’album n’est pas en mode full speed

72 Seasons n’en reste pas moins un album possédant de très bon morceaux, comme le morceau éponyme 72 Seasons ou Shadows Follow. Ce dernier met particulièrement en avant la très bonne prestation vocale toujours tranchante et saillante de James Hetfield sur l’ensemble de l’opus. La hargne et la rage qu’il met dans son chant se conjugue d’ailleurs plutôt bien avec le thème de l’album : les 72 saisons correspondent aux 18 premières années de nos vies et l’album traite de l’impact de l’enfance de chacun d’entre nous sur notre vie d’adulte, en abordant surtout les aspects sombres de la jeunesse. Ainsi, Shadows Follow parle de l’impossibilité d’échapper à ses démons : 

Facin’
My demons
Now I know
If I run
Still my shadows follow
I say « No »
Still my shadows follow

Des thèmes plus positifs sont également abordés, comme la poursuite de ses ambitions dans Chasing Light, qui met en exergue la dichotomie entre la lumière et les ténèbres, un concept qu’on retrouve tout au long de l’album. Si l’album ne se veut pas particulièrement original, on peut tout de même reconnaître que ce choix d’articuler l’ensemble de l’album autour d’un même thème est ingénieux et donne une cohérence globale à l’album. Certains lyrics me semblent cependant un peu passe-partout et peu inspirés comme le « Without darkness, there’s no light » de Chasing Light ou, dans Inamorata :

Misery, she needs me
Oh, oh, but I need her more
Misery, she loves me
Oh, oh, but I love her more

Mention spéciale pour finir aux artworks de l’album que je trouve particulièrement réussis. Le noir contrastant avec ce jaune lumineux reflète bien l’esprit de l’album et la dichotomie entre les épisodes parfois sombres de l’enfance et les moments d’espoir. Les 4 singles de l’album reprennent également ce modèle et donnent une vraie cohérence à l’ensemble des artworks dans un style minimaliste mais propre, net et assez classe. Des artworks finalement un peu à l’image de cet album. On est en tout cas à coup sûr mieux loti qu’avec la pochette quelque peu douteuse de Hardwired… To Self-Destruct. Et si vous appréciez vraiment ces artworks, sachez que vous pouvez vous faire votre propre pochette de l’album avec ce générateur de logo proposé par le groupe (voir la dernière photo ci-dessous). 

Malgré un album sans grande prise de risque et un peu trop long, Metallica nous propose un onzième opus convaincant dans lequel on retrouve de très bons morceaux où la prestation de James Hetfield au chant est à saluer. 

Nous pourrons retrouver les Four Horsemen dans notre capitale puisqu’ils se produiront le 17 et 19 mai prochain au Stade de France pour deux shows exceptionnels où aucun morceau ne sera joué deux fois. L’occasion de découvrir à coup sûr des nouveaux morceaux issus de 72 Seasons, les classiques du groupe mais également des morceaux plus rarement joués. 

1. 72 Seasons
2. Shadows Follow
3. Screaming Suicide
4. Sleepwalk My Life Away
5. You Must Burn!
6. Lux Æterna
7. Crown of Barbed Wire
8. Chasing Light
9. If Darkness Had a Son
10. Too Far Gone?
11. Room of Mirrors
12. Inamorata

MightyMightyMarty
MightyMightyMarty
Passionné de musique, des cultures qu'elle génère et de ses petites ou grandes histoires. D'autant plus quand ça touche de près ou de loin au Punk Rock et au Hardcore.

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