[ENGLISH BELOW]
Muse est enfin de retour ! Dixième album studio du trio britannique, The Wow! Signal marque une nouvelle étape dans une carrière qui n’a jamais cessé de se réinventer.
Son titre fait référence au célèbre « Wow! Signal », un signal radio capté depuis l’espace en 1977 et longtemps considéré comme l’un des candidats les plus intrigants à une possible origine extraterrestre. Une référence qui annonce immédiatement le retour de Muse vers une esthétique cosmique, entre science-fiction, immensité spatiale et quête d’inconnu.
Après les dystopies et la politique, Matt Bellamy (frontman) délaisse en grande partie ces thématiques pour livrer l’album le plus personnel de toute la discographie du groupe. Amour, rupture, santé mentale, quête de sens… derrière son habillage futuriste et ses explorations sonores, The Wow! Signal raconte avant tout la nécessité de donner un sens au chaos qui l’entoure.
Musicalement, Muse pousse encore plus loin cette volonté d’expérimenter qui fait sa force depuis plus de vingt-cinq ans. Electro, disco, metal moderne, rock progressif, space rock, pop… tout cohabite avec une cohérence parfaite. Plus qu’un simple nouvel album, The WOW! Signal ressemble à une véritable renaissance.
The Dark Forest ouvre The Wow! Signal de la meilleure des manières. Véritable voyage spatial retro-prog, le morceau évolue constamment au fil de plusieurs mouvements et annonce immédiatement les ambitions de l’album. Une entrée en matière audacieuse qui prouve que Muse n’a rien perdu de sa créativité.
Avec Nightshift Superstar, changement d’ambiance. Le groupe plonge dans du disco-electro fortement inspiré de la French Touch, avec des influences évidentes de Justice. Impossible de ne pas souligner l’incroyable ligne de basse de Chris Wolstenholme, groovy et irrésistible, qui rappelle par moments le côté funk de Panic Station. Un morceau audacieux et dans l’air du temps qui prouve que Muse peut encore surprendre là où on ne l’attend pas.
Premier véritable coup émotionnel de l’album, Shimmering Scars évoque une relation qui s’effondre malgré une volonté désespérée de la sauver. Matt Bellamy y expose toute sa vulnérabilité, hanté par la peur de ne jamais retrouver ce qu’il est en train de perdre.
Was I not enough?
Was I not enough?
What still remains?
I don’t wanna break
Was I not enough?
Was I not enough?
I can’t start again
I carry half the blame
Cryogen fait ensuite office de retour aux années 2000. Son riff évoque immédiatement Plug In Baby, tandis que son outro particulièrement explosive rappelle pourquoi Muse reste aussi redoutable lorsqu’il s’agit de monter en puissance. Un morceau solide et terriblement efficace.
S’ensuit Be With You, qui à sa sortie avait malheureusement été accueilli assez froidement. Le morceau monte lentement en intensité avant de déboucher sur une explosion finale qui procure une véritable sensation d’élévation. Les paroles parlent du besoin de changement, de trouver quelque chose de plus grand que soi. Matt Bellamy expliquait d’ailleurs en interview avec NME avoir réalisé que, plus qu’une quelconque croyance, c’était peut-être son public qui représentait cette force supérieure dans sa vie. Cette lecture transforme le morceau en une déclaration particulièrement touchante adressée aux fans.
« That might be the thing that is part of my journey. Instead of finding religion or God, any kind of higher power or aliens, I found this fan base. […] For the first time ever, I’m letting myself believe that they’re going to be there for me. I need them. »
Hexagons est sans doute l’un des sommets du disque. Entre electro retro et space rock prog, le titre aux airs de Space Dementia confirme une fois de plus la maîtrise du groupe dans ce registre.
Ce dernier transitionne vers The Sickness In You and I, qui change radicalement d’atmosphère. Plus nerveux, le morceau repose sur un riff à la AC/DC particulièrement efficace, qui s’alourdit au fil de la musique. Le morceau décrit cette étrange phase d’une relation en train de mourir où l’attirance physique semble refaire surface, donnant l’illusion que tout peut redevenir comme avant, alors que les véritables blessures restent intactes.
L’outro du titre laisse place à Unravelling ; on retrouve d’ailleurs des samples du morceau en plein milieu de The Sickness In You and I, ce qui renforce davantage la cohérence de l’ensemble. Premier single dévoilé au printemps 2025, Unravelling donnait le ton de cette nouvelle direction artistique. Le côté metal amorcé sur The Will Of The People (2022) avec Won’t Stand Down et Kill Or Be Killed se transforme ici en véritable morceau metalcore, avec une production beaucoup plus contemporaine.
La surprise arrive ensuite avec Hush, en featuring avec Ellie Goulding ; une collaboration qui fonctionne incroyablement bien. Avec ses sonorités pop rock aux pointes d’EDM et ses mélodies, le morceau reste définitivement en tête. Au cœur du tumulte d’une relation à bout de souffle, Hush exprime ce besoin de s’extraire du chaos, ne serait-ce qu’un instant, pour retrouver un peu de calme et reprendre son souffle.
Forget the world together
Choke out the noise forever
Forget the world together
Just for a moment
[…]
It’s you and me now
There’s chaos all around
So lose yourself, free yourself and feel
Take a breath and hush
Ce besoin d’apaisement se dissout progressivement dans Space Debris, magnifique conclusion de l’album. Les dernières paroles de Hush semblent littéralement se perdre dans l’immensité de l’espace. La musique installe une sensation de vide, de dérive, tandis que le chant monte en intensité jusqu’à presque engloutir le reste de la musique. C’est sans aucun doute le morceau le plus personnel et le plus vulnérable que Matt Bellamy n’ait jamais écrit.
Orbit slow
As our bond decays
Like space debris
Love can drift away
Au-delà de ses qualités musicales, The Wow! Signal impressionne par sa cohérence. Chaque morceau s’enchaîne naturellement, chaque ambiance semble répondre à la précédente, comme si l’album ne formait qu’une seule grande traversée émotionnelle. Un véritable exutoire cathartique. Cela se ressent énormément dans les intentions comme dans les paroles : Matt Bellamy se livre complètement et semble trouver refuge dans la musique.
La production, assurée par Dan Lancaster, apporte quant à elle un souffle nouveau. Tout paraît plus massif, plus moderne, sans jamais perdre ce côté raw qui a toujours fait l’identité du groupe. Il insuffle une fraîcheur qui fait énormément de bien à Muse, qui n’a sans doute jamais aussi bien sonné.
L’écriture participe elle aussi à la réussite de l’ensemble. Les morceaux s’enchaînent avec une fluidité presque cinématographique (comme Muse a l’habitude de faire) et construisent un véritable fil narratif, sans jamais sacrifier la diversité des styles, ce qui renforce cette impression de voyage émotionnel.
Surtout, The Wow! Signal confirme que Muse refuse toujours de se reposer sur ses acquis. Le trio continue d’évoluer, d’expérimenter et de se réinventer, et c’est précisément cette capacité à embrasser des styles toujours plus variés qui fait sa force depuis ses débuts (n’en déplaise aux soi-disant puristes restés bloqués en 2001).
The Wow! Signal est bien plus qu’un excellent album : c’est une véritable renaissance artistique, sincère, ambitieuse et profondément humaine. Très certainement l’un des meilleurs disques de toute la carrière de Muse.

TRACKLIST
01. The Dark Forest
02. Nighshift Superstar
03. Shimmering Scars
04. Cryogen
05. Be With You
06. Hexagons
07. The Sickness In You And I
08. Unravelling
09. Hush (ft. Ellie Goulding)
10. Space Debris
[ENGLISH CUT]
