GLASSWAVES – (while) True [FR/EN]

Avec while(True), Glasswaves signe un premier album qui mérite qu’on s’y attarde. Le trio américain ne se contente pas d’aligner des morceaux aux sonorités modernes : il construit un univers dans lequel les compositions, les paroles et les ambiances participent à une même histoire. Entre alternative rock, dark pop, metalcore et musique électronique, le groupe joue sur les contrastes et refuse de s’enfermer dans une direction musicale unique.

L’album repose sur un concept assez particulier : Liminal-Neuro, une entreprise spécialisée dans les technologies médicales qui mène des expériences sur la manipulation des rêves et de la perception humaine. À travers cette histoire, Glasswaves aborde des sujets comme les traumatismes, les addictions, les obsessions et la perte de contrôle. Un univers de science-fiction qui sert surtout de point de départ pour parler de problématiques beaucoup plus humaines.

Dès « FALSE_glow: », le groupe prend le temps d’installer son décor. Les premières nappes électroniques créent une atmosphère mystérieuse, presque flottante, sur laquelle vient se poser la voix de Noah Rich. La montée est progressive : les sonorités prennent de l’ampleur, les guitares finissent par entrer dans la composition et une tension s’installe sans que le morceau cherche immédiatement à exploser. Ce choix fonctionne particulièrement bien pour une ouverture. On a davantage l’impression d’entrer dans un univers que de simplement commencer un album. Le titre évoque d’ailleurs la manipulation et les apparences trompeuses, une thématique qui prendra de plus en plus de place par la suite.

« Saving[face] » poursuit cette mise en place avant que « fvck.me.up » ne vienne donner un premier véritable coup d’accélérateur. Ce dernier est probablement l’un des morceaux les plus immédiatement accrocheurs du disque. Les sonorités électroniques accompagnent d’abord un chant très mélodique, avant que la composition ne prenne davantage d’ampleur. Noah joue énormément sur les nuances et les changements d’intensité, notamment dans les refrains où sa voix gagne en puissance. Mais derrière cette efficacité mélodique se cache un texte beaucoup moins léger qu’il n’y paraît : celui d’une relation devenue une véritable dépendance. L’autre personne est à la fois une source de plaisir et quelque chose dont on sait qu’il faudrait se détacher. C’est précisément cette contradiction qui donne au morceau son intérêt.

Avec « Swarm.ING_ », Glasswaves dévoile une facette plus sombre et plus agressive. Le riff de guitare donne immédiatement une autre couleur au morceau. On retrouve une approche presque nu-metal, avec une rythmique plus lourde et une atmosphère nettement plus menaçante. Le groupe explique que cette chanson parle de cette sensation de voir quelque chose prendre possession de son esprit, avant de réaliser que le véritable danger vient peut-être de soi-même. L’idée de The Veil, cette entité qui matérialise les parts les plus sombres des individus, prend ici toute son importance. Le monologue à la voix radio qui intervient dans le morceau est d’ailleurs particulièrement intéressant : il donne l’impression que quelque chose vient parasiter directement l’écoute. C’est l’un des titres où le concept de l’album et la musique se rejoignent le plus naturellement.

Changement d’ambiance avec « (D:)rive ». En à peine deux minutes, Glasswaves propose quelque chose de beaucoup plus léger en apparence. Les rythmiques électroniques sont dansantes, la voix reste douce et la composition possède presque un côté feel-good. Pourtant, le texte raconte une histoire nettement plus inquiétante, celle d’un attachement qui dépasse les limites du raisonnable. La fidélité à l’autre devient si absolue qu’elle semble pouvoir conduire les deux personnes à leur perte. J’aime particulièrement ce décalage entre la musique et le propos. Là où l’on pourrait s’attendre à une composition sombre pour accompagner un texte pareil, le groupe choisit justement de faire l’inverse. Et c’est ce qui rend le morceau assez marquant.

« doomed:2:DIE » revient ensuite à quelque chose de plus intense. Le titre repose sur une opposition intéressante entre des mélodies presque aériennes et une rythmique électronique beaucoup plus nerveuse. Le refrain apporte une vraie dimension émotionnelle, avec une voix qui prend de la hauteur avant que le morceau ne change progressivement de visage. Les sonorités deviennent plus agitées, la tension monte et les passages les plus lourds viennent donner une autre ampleur à l’ensemble. Sur le fond, le morceau tourne autour de la peur, de la culpabilité et de cette impression d’être condamné à subir une situation sans pouvoir en sortir. Le sentiment d’urgence est particulièrement bien retranscrit par les changements d’atmosphère.

Dans la continuité, « <BYE> » joue davantage la carte de l’intensité brute. Le morceau possède une énergie presque immédiate, avec des passages instrumentaux particulièrement puissants et une alternance entre mélodies et moments plus agressifs. Là où certains titres prennent le temps de développer leur ambiance, celui-ci va davantage droit au but. Il apporte un contraste bienvenu dans la construction de l’album et permet de retrouver le côté le plus frontal de Glasswaves.

« SCARed » est sans doute l’un des morceaux les plus intéressants sur le plan émotionnel. Le groupe y travaille beaucoup sur la frontière entre réalité et souvenirs. Les pensées semblent se brouiller, les certitudes disparaissent et le personnage ne sait plus vraiment faire la différence entre ce qu’il a vécu et ce que son esprit lui renvoie. Musicalement, cette confusion se traduit par une alternance entre des passages plus atmosphériques et des explosions de guitares et de voix saturées. La composition ne reste jamais longtemps dans une seule dynamique. Ce qui est particulièrement réussi, c’est le retour à une certaine douceur vers la fin, comme si le morceau retombait progressivement après avoir laissé éclater toute sa tension. On retrouve ici l’une des idées centrales de l’album : peut-on encore se fier à soi-même lorsque ses propres souvenirs deviennent incertains ?

Après cette séquence assez chargée, « hi xoxo » arrive comme une courte parenthèse électronique. Avec sa durée d’à peine plus d’une minute, le morceau fonctionne davantage comme une transition que comme une chanson construite autour d’un refrain. Ce genre d’interlude peut parfois sembler dispensable, mais il participe ici à l’aspect cinématographique du disque. Il permet de respirer avant de replonger dans quelque chose de plus mouvementé.

Et justement, « PR3SSURE » ne manque pas de personnalité. Les sonorités électroniques sont particulièrement présentes, avec des textures presque ludiques qui donnent parfois l’impression d’être plongé dans un jeu vidéo qui aurait commencé à dysfonctionner. La composition joue sur les superpositions et les rythmiques, tandis que la voix de Noah semble parfois se fondre dans l’instrumentation. Le refrain apporte davantage de mélodie et de structure, mais le morceau conserve ce côté instable qui lui donne son identité. Cette impression de boucle, de répétition et de perte de contrôle fait également écho au titre de l’album. Comme si le personnage était enfermé dans un programme dont il ne parvenait plus à sortir.

« circling_the_drain » fait partie des morceaux qui demandent davantage d’attention. L’entrée en matière est plus directe, avec une instrumentation lourde qui installe immédiatement une certaine pression. Mais Glasswaves ne reste pas dans cette agressivité permanente. Les passages mélodiques viennent régulièrement casser la dynamique, avant que les guitares ne reprennent le dessus. Le titre évoque cette sensation de tourner en rond autour d’un effondrement inévitable, de sentir que quelque chose se dégrade sans parvenir à l’empêcher. Il y a une vraie cohérence entre le thème et la construction du morceau : on avance, on retombe, on croit retrouver un équilibre, puis la tension revient. Une composition particulièrement efficace dans sa manière de faire ressentir cette spirale.

Enfin, « ://WishIDidn’t » clôture l’album d’une façon assez inattendue. Après toutes les montées en puissance et les passages plus abrasifs, Glasswaves choisit de terminer sur une composition beaucoup plus électronique et retenue. Les rythmiques sont plus discrètes, les ambiances presque aériennes et la voix conserve une certaine fragilité. Le texte évoque les regrets, la peur de perdre quelqu’un et cette drôle de sensation de souffrir d’un événement qui n’a peut-être même pas encore eu lieu. C’est une autre forme de peur, plus silencieuse, qui contraste avec la panique et l’agressivité de certains morceaux précédents. Le groupe aurait pu choisir une conclusion beaucoup plus spectaculaire, mais cette retenue fonctionne finalement assez bien. Le disque se termine sans véritable résolution, laissant planer une certaine mélancolie.

Au final, while(True) est un premier album qui possède bien plus de personnalité qu’une simple collection de morceaux alternatifs aux sonorités électroniques. Ce qui me plaît particulièrement chez Glasswaves, c’est cette volonté de ne pas choisir entre efficacité mélodique et passages plus lourds. Le groupe peut proposer un refrain particulièrement accrocheur, puis partir dans une direction beaucoup plus expérimentale quelques minutes plus tard.

Tout n’est pas forcément immédiat et certains morceaux fonctionnent davantage lorsqu’on prend le temps de s’intéresser à leurs différentes couches. Mais c’est aussi ce qui donne envie de revenir sur l’album. Les chansons ne racontent pas toutes la même chose et ne cherchent pas toutes à produire le même effet. Certaines séduisent par leurs mélodies, d’autres par leur puissance, et quelques-unes surprennent surtout par leur atmosphère.

Glasswaves réussit surtout à donner une véritable cohérence à un disque qui aurait facilement pu partir dans tous les sens. while(True) est une première carte de visite ambitieuse, parfois déroutante, mais suffisamment intéressante pour donner envie de suivre le trio de Rochester de très près. Une belle découverte et un groupe qui a clairement encore beaucoup de choses à proposer.

TRACKLIST:

FALSE_glow: 

Saving[face] 

fvck.me.up 

Swarm.ING_ 

(D:)rive

doomed:2:DIE 

<< bye >> 

SCARed 

hi xoxo 

PR3SSURE 

circling_the_drain 

://WishIDidn’t 

With while(True), Glasswaves signs a first album that deserves our attention. The American trio doesn’t just line up tracks with modern sounds: it builds a universe in which compositions, lyrics, and atmospheres contribute to the same story. Between alternative rock, dark pop, metalcore, and electronic music, the group plays with contrasts and refuses to get stuck in a single musical direction.

The album is based on a fairly peculiar concept: Liminal-Neuro, a company specializing in medical technologies that conducts experiments on the manipulation of dreams and human perception. Through this story, Glasswaves explores topics such as trauma, addictions, obsessions, and loss of control. A science fiction universe that primarily serves as a starting point to discuss much more human issues.

From “FALSE_glow,” the group takes the time to set up their stage. The first electronic layers create a mysterious, almost floating atmosphere on which Noah Rich’s voice comes to rest. The build‑up is gradual: the sounds gain volume, the guitars eventually enter the composition, and a tension builds without the track immediately trying to explode. This choice works particularly well for an opening track. You have a more sense of entering a universe than simply starting an album. The title also evokes manipulation and deceptive appearances, a theme that will take up more and more space later on.

« Saving[face] » continues this setup before « fvck.me.up » comes in to give a real first boost. The latter is probably one of the most immediately catchy tracks on the album. The electronic sounds are accompanied by a very melodic vocal, before the composition takes on more scope. Noah plays a lot with the nuances and changes in intensity, particularly in the choruses where his voice gains power. But behind this melodic efficiency lies a much lighter text than it appears: that of a relationship that has become a true dependence. The other person is both a source of pleasure and something you know you should let go of. It is precisely this contradiction that gives the track its interest.

With « Swarm.ING_ », Glasswaves reveals a darker and more aggressive side. The guitar riff immediately gives the track another color. You can hear a nearly nu-metal approach, with a heavier rhythm and a much more menacing atmosphere. The band explains that this song is about the feeling of seeing something take possession of your mind, before realizing that the true danger might come from yourself. The idea of The Veil, this entity that materializes the darkest parts of individuals, takes on all its importance here. The radio monologue that interjects in the track is particularly interesting: it gives the impression that something is directly parasitizing the listening experience. It is one of the tracks where the concept of the album and the music come together most naturally.

A change in mood with “(D:)rive”. In just two minutes, Glasswaves offers something much lighter on the surface. The electronic rhythms are dancing, the voice remains soft and the composition almost has a feel‑good side. Yet, the lyrics tell a much more unsettling story, that of an attachment that exceeds the limits of reasonability. The fidelity to the other becomes so absolute that it seems to be able to lead the two people to their own demise. I particularly like this disconnect between the music and the lyrics. Where you might expect a dark composition to accompany such a lyric, the group actually chooses to do the opposite. And that’s what makes the track quite striking.

« doomed:2:DIE » then returns to something more intense. The track is built on an interesting contrast between almost ethereal melodies and a much more nervous electronic rhythm. The chorus brings a real emotional dimension, with a voice rising in pitch before the track gradually changes its face. The sounds become more agitated, the tension builds, and the heaviest passages add another depth to the overall piece. At the core, the track revolves around fear, guilt, and the feeling of being condemned to endure a situation without being able to escape it. The sense of urgency is particularly well conveyed through the shifts in atmosphere.

Continuing this trend, « <BYE> » plays the card of raw intensity more prominently. The track possesses almost immediate energy, with particularly powerful instrumental passages and an alternation between melodies and more aggressive moments. Where some tracks take the time to develop their atmosphere, this one goes straight to the point. It brings a welcome contrast to the album’s construction and allows you to rediscover the most straightforward side of Glasswaves.

« SCARed » is undoubtedly one of the most emotionally interesting tracks on the album. The band works heavily on the boundary between reality and memories on this track. Thoughts seem to blur, certainties disappear, and the character no longer truly knows the difference between what he has experienced and what his mind is returning to him. Musically, this confusion is translated into an alternation between more atmospheric passages and bursts of saturated guitar and vocals. The composition never stays in a single dynamic for long. What is particularly successful is the return to a certain tenderness toward the end, as if the track gradually settles down after having let all its tension explode. Here we find one of the album’s central ideas: can we still trust ourselves when our own memories become uncertain?

After this fairly charged sequence, « hi xoxo » arrives like a short electronic parenthesis. With its duration barely more than a minute, the track functions more as a transition than as a song built around a chorus. This kind of interlude can sometimes seem dispensable, but it contributes here to the cinematic aspect of the album. It allows you to breathe before diving back into something more dynamic.

And indeed, « PR3SSURE » doesn’t lack personality. The electronic sounds are particularly present, with almost playful textures that sometimes give the impression of being immersed in a video game that had started to malfunction. The composition plays with layers and rhythms, while Noah’s voice sometimes seems to blend into the instrumentation. The chorus adds more melody and structure, but the track retains this unstable side that gives it its identity. This impression of a loop, repetition, and loss of control also echoes the title of the album. As if the character were trapped in a program from which he could no longer escape.

« circling_the_drain » is one of the tracks that demands more attention. The introduction is more direct, with heavy instrumentation that immediately establishes a certain pressure. But Glasswaves does not remain in this constant aggression. The melodic passages regularly disrupt the dynamics, before the guitars take over again. The title evokes that feeling of spinning in circles around an inevitable collapse, of feeling that something is deteriorating without being able to stop it. There is a real coherence between the theme and the construction of the track: we move forward, we fall back, we believe we are regaining equilibrium, then the tension returns. A composition that is particularly effective in its way of making this spiral feel.

Finally, « //WishIDidn’t » closes the album in a quite unexpected way. After all the build-ups and more abrasive passages, Glasswaves chooses to conclude with a much more electronic and restrained composition. The rhythms are more discreet, the atmospheres almost ethereal, and the voice retains a certain fragility. The lyrics evoke regrets, the fear of losing someone, and this strange sensation of suffering from an event that may have even not yet happened. It is another form of fear, more silent, that contrasts with the panic and aggression of some of the previous tracks. The band could have chosen a much more spectacular conclusion, but this restraint ultimately works quite well. The album ends without a true resolution, leaving a certain melancholy lingering.

In the end, while(True) is a debut album that possesses far more personality than a simple collection of tracks with electronic-sounding alternatives. What I particularly like about Glasswaves is this willingness to not choose between melodic efficiency and heavier passages. The group can offer a particularly catchy chorus, then take a much more experimental direction a few minutes later.

Everything isn’t necessarily immediate, and some tracks work better when you take the time to get interested in their different layers. But that’s also what makes you want to come back to the album. The songs don’t all tell the same story and don’t all try to produce the same effect. Some are seduced by their melodies, others by their power, and a few especially surprise you with their atmosphere.

Glasswaves succeeds mainly in giving a real coherence to a record that could easily have gone in all directions. while(True) is an ambitious first portfolio

Mathilde
Mathilde
Votre metalcore bestie, toujours en vadrouille pour un concert et quelques moshpits

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