Siamese : Dissolution [FR/EN]

[English version below] Quinze ans de carrière et déjà un huitième album au compteur : Siamese continue de tracer sa route avec une régularité impressionnante avec son album Dissolution sorti ce 26 juin via Long Branch Records. La formation danoise, active depuis 2011, revient avec un disque qui marque une nouvelle étape dans son évolution. Plus sombre, plus lourd et sensiblement moins tourné vers les sonorités pop qui ont pu caractériser une partie de sa discographie, l’album ne cherche pourtant jamais à renier ce qui fait l’identité du groupe. Au contraire, il semble vouloir pousser plus loin certains de ses ingrédients fondamentaux.
Et c’est probablement là toute la réussite de Dissolution : Siamese évolue sans donner l’impression de repartir de zéro.

Dès les premières secondes de Dark, le ton est donné. Une introduction électronique et presque délicate laisse progressivement apparaître une tension qui ne demande qu’à exploser. La voix claire, aiguë et parfaitement maîtrisée de Mirza Radonjica apporte une vraie douceur à l’ensemble avant que le morceau ne bascule vers quelque chose de beaucoup plus lourd. Le refrain, particulièrement chargé en émotion, peut évoquer Dayseeker, tandis que le breakdown, plus sombre, rappelle par moments la période Trauma d’I Prevail. L’ajout final de violon renforce encore cette dimension émotionnelle.
Ce premier morceau fonctionne surtout comme une déclaration d’intention. Siamese conserve ses mélodies, mais les confronte désormais à des sonorités plus sourdes, plus lourdes et plus agressives. Le contraste est au cœur de Dissolution, et il fonctionne particulièrement bien. Cette évolution se confirme rapidement. Les influences du metalcore moderne, du nu-metal et même du djent sont davantage mises en avant, sans pour autant étouffer le sens du groupe pour les mélodies accrocheuses. Drown, par exemple, poursuit naturellement le chemin initié par Dark tout en apportant davantage d’énergie. Le chant y est moins aigu, les sonorités plus massives, et l’ensemble possède cette efficacité propre au metal moderne. Avec Sense, l’intensité monte encore d’un cran. Davantage de screams, une instrumentation plus agressive et une structure qui semble taillée pour le live : il est difficile d’imaginer ce morceau sans un pit qui s’ouvre rapidement devant la scène.

C’est aussi l’une des grandes forces du disque : malgré son orientation plus sombre, Dissolution reste extrêmement efficace.

Siamese sait toujours écrire des refrains qui restent en tête. Friends en est probablement l’un des meilleurs exemples. L’atmosphère devient plus oppressante et électronique, avant qu’un refrain particulièrement catchy ne vienne illuminer l’ensemble. Le morceau alterne constamment entre lumière et obscurité, avant de terminer sur une partie instrumentale particulièrement lourde. Cette capacité à faire cohabiter deux ambiances radicalement différentes sans perdre la cohérence du morceau constitue l’une des signatures les plus intéressantes du groupe. Cette dualité est encore plus frappante sur Sinner qui compte parmi les morceaux les plus personnels et émotionnels du disque. Les nombreux éléments électroniques, les effets appliqués à la voix et les passages screamo créent un contraste saisissant. La structure guitare, fortement teintée de djent, donne au morceau une véritable personnalité, tandis que sa conclusion, particulièrement violente, offre un déferlement aussi brutal que jouissif. Derrière cette agressivité se cache surtout un texte marqué par la culpabilité, l’infidélité et les drogues.

Puis arrive  Dissolution, le morceau éponyme, qui joue parfaitement son rôle de respiration. Plus doux, presque mélancolique, il évoque par moments Too Close To Touch (et c’est un énorme compliment). C’est immédiatement l’un de nos coups de cœur. Là où certains morceaux du disque impressionnent par leur puissance, celui-ci fonctionne par sa capacité à rester en tête. Une véritable pause au milieu de l’album, mais surtout un titre dont on se souvient après l’écoute. Patterns poursuit cette exploration d’une facette plus sombre et industrielle de Siamese. Les synthés sont particulièrement présents et l’atmosphère évoque parfois Bad Omens. Le morceau est plus lent, mais loin d’être contemplatif : il reste entraînant !

L’un des autres temps forts arrive avec Reveries enregistré avec Caskets. Le mariage des deux formations fonctionne étonnamment bien. On retrouve la patte de Siamese, mais également celle de Caskets, avec un résultat qui semble plus sombre que ce que ces derniers proposent habituellement. Le refrain est immédiatement accrocheur et, contre toute attente, le morceau compte également parmi les plus lourds de l’album. Une collaboration particulièrement réussie, qui donne envie de voir ce titre prendre vie sur scène.

Et justement, Dissolution possède une vraie dimension live. Plusieurs morceaux semblent avoir été conçus pour provoquer une réaction immédiate du public, entre refrains fédérateurs, screams et breakdowns. Reaper en est un parfait exemple. Plus doux dans sa première approche, il permet surtout de profiter pleinement de la voix du chanteur avant de basculer vers un break particulièrement réussi. Le contraste entre le chant clair, presque fragile, et les vocaux saturés qui flirtent parfois avec le deathcore donne au morceau une intensité remarquable. C’est l’un des titres qui nous semblent les plus emblématiques de cette nouvelle période de Siamese. Et alors qu’on pourrait imaginer que l’album va tranquillement s’achever, Twisted vient complètement déjouer les attentes. Son introduction laisse présager une conclusion calme, presque apaisée. Il n’en sera rien. Siamese préfère terminer son disque dans l’énergie et la violence, une dernière surprise qui résume finalement assez bien l’expérience Dissolution.

Car c’est peut-être ça que l’on retiendra avant tout de ce huitième album : Siamese nous surprend. Le groupe danois n’abandonne aucun de ses fondamentaux. Les mélodies sont toujours là, les refrains restent accrocheurs et l’électronique continue d’occuper une place importante dans son identité. Mais tout est désormais confronté à davantage de lourdeur, de screams, de djent, de metalcore moderne et d’ambiances industrielles. Le résultat est plus sombre et parfois plus violent, mais également plus personnel.

On pourra néanmoins regretter une durée assez courte. Avec seulement dix titres pour environ 35 minutes sur la version streaming, Dissolution laisse forcément une impression de brièveté. Les éditions physiques ajoutent par ailleurs Alone et Nevermore, deux morceaux qui complètent l’expérience et auraient probablement mérité d’être accessibles à tous les auditeurs. Cela n’empêche pas l’album de fonctionner comme un ensemble cohérent. Dissolution ressemble moins à une rupture avec le passé qu’à une évolution naturelle de Siamese. Le groupe semble simplement avoir décidé de pousser plus loin le curseur de la lourdeur et de l’émotion, sans sacrifier les mélodies qui ont construit sa réputation.

Une chose est certaine : après quinze ans de carrière, les Danois n’ont visiblement pas l’intention de s’arrêter là. Et si Dissolution constitue un aperçu de la direction qu’ils souhaitent prendre, on a très envie de voir ce que cette nouvelle version de Siamese donnera sur scène notamment lors de leur passage aux côtés de Dayseeker et Northlane. Siamese réussit donc son pari : être plus sombre sans perdre son identité, plus lourd sans oublier ses mélodies, et surtout suffisamment surprenant pour donner envie de relancer l’album dès qu’il se termine.

Tracklist :

    1. Dark
    2. Drown
    3. Sense
    4. Alone
    5. Friends
    6. Sinner
    7. Dissolution
    8. Patterns
    9. Nevermore
    10. Reveries feat. Caskets
    11. Reaper
    12. Twisted

[ENGLISH VERSION] With a fifteen-year career and an eighth album already under their belts, Siamese continues to forge ahead with impressive consistency on Dissolution, released on June 26 via Long Branch Records. Active since 2011, the Danish band returns with a record that marks a new milestone in their evolution. Darker, heavier, and noticeably less focused on the pop sounds that characterized parts of their earlier discography, the album never seeks to disown the band’s core identity. On the contrary, it seems intent on pushing their fundamental elements even further.
And that is likely where Dissolution truly succeeds: Siamese evolves without giving the impression of starting from scratch.

The tone is set from the very first seconds of Dark. An electronic, almost delicate intro gradually gives way to a tension just waiting to explode. Mirza Radonjica’s clear, high-pitched, and perfectly controlled vocals lend a genuine softness to the track before it shifts into something much heavier. The emotionally charged chorus might evoke Dayseeker, while the darker breakdown occasionally recalls I Prevail’s Trauma era. The addition of violin at the end further amplifies this emotional dimension.

This opening track serves primarily as a statement of intent. Siamese retains its melodic sensibilities but now pits them against deeper, heavier, and more aggressive sounds. Contrast lies at the heart of Dissolution, and it works exceptionally well. This evolution is quickly confirmed; influences from modern metalcore, nu-metal, and even djent are brought to the forefront without stifling the band’s knack for catchy melodies. Drown, for instance, naturally continues the path laid out by Dark while injecting more energy. The vocals are lower in pitch, the sound is more massive, and the track possesses the kind of punchy efficiency typical of modern metal. With Sense, the intensity notches up another level. With more screaming vocals, more aggressive instrumentation, and a structure seemingly tailor-made for live shows, it’s hard to imagine this track without a mosh pit opening up right in front of the stage.

That is also one of the album’s greatest strengths: despite its darker tone, Dissolution remains incredibly effective.

Siamese still knows how to write choruses that stick in your head. Friends is arguably one of the best examples of this. The atmosphere grows more oppressive and electronic before a particularly catchy chorus lights up the track. The song constantly shifts between light and dark, eventually closing with a heavy instrumental section. This ability to blend two radically different moods without losing the song’s cohesion is one of the band’s most compelling trademarks. This duality is even more striking on Sinner, one of the album’s most personal and emotional tracks. The abundant electronic elements, vocal effects, and screamo passages create a stunning contrast. The guitar work, heavily influenced by djent, gives the song a distinct personality, while its ferocious finale delivers an outburst that is as brutal as it is exhilarating. Beneath this aggression lie lyrics defined by guilt, infidelity, and drug use.

Then comes Dissolution, the title track, which serves perfectly as a moment of respite. Softer and almost melancholic, it occasionally brings to mind Too Close To Touch (and that is a huge compliment). It instantly became one of our favorites. While other tracks on the album impress with their sheer power, this one wins you over with its catchiness. It acts as a genuine breather in the middle of the album, but more importantly, it’s a track that stays with you long after listening. Patterns continues the exploration of Siamese’s darker, industrial side. Synths play a prominent role, and the atmosphere is reminiscent of Bad Omens at times. The track is slower, yet far from merely contemplative, it remains driving and energetic. Another highlight comes in the form of Reveries, recorded with Caskets. The pairing of the two bands works surprisingly well. You can hear Siamese’s signature style alongside Caskets’, resulting in a sound that feels darker than what the latter usually offer. The chorus is instantly catchy, and unexpectedly, the track also ranks among the album’s heaviest. It is a particularly successful collaboration that leaves you wanting to see the song come to life on stage.

Indeed, Dissolution has a genuine live feel. Several tracks seem designed to spark an immediate crowd reaction, featuring anthemic choruses, screams, and breakdowns. Reaper is a prime example. Gentler in its initial approach, it allows the singer’s voice to shine fully before shifting into a particularly well-executed breakdown. The contrast between the clean, almost fragile vocals and the distorted vocals, which occasionally flirt with deathcore, gives the track remarkable intensity. It stands out as one of the most emblematic tracks of this new era for Siamese. And just when one might expect the album to wind down quietly, Twisted completely defies expectations. Its intro hints at a calm, almost serene conclusion, but that is not the case. Siamese chooses to end the record with energy and aggression, a final surprise that effectively encapsulates the Dissolution experience.

For that is perhaps the key takeaway from this eighth album: Siamese surprises us. The Danish band hasn’t abandoned any of its core elements. The melodies remain, the choruses are still catchy, and electronics continue to play a significant role in their identity. Yet, everything is now juxtaposed with greater heaviness, screams, djent, modern metalcore, and industrial atmospheres. The result is darker and at times more aggressive, yet also more personal.

One might, however, find the runtime a bit short. With only ten tracks totaling around 35 minutes on the streaming version, Dissolution inevitably feels brief. Physical editions also include Alone and Nevermore, two tracks that round out the experience and arguably deserved to be available to all listeners. Even so, the album works as a cohesive whole. Dissolution feels less like a break from the past and more like a natural evolution for Siamese. The band seems to have simply decided to dial up the heaviness and emotion without sacrificing the melodies that built their reputation.

One thing is certain: after a fifteen-year career, the Danes clearly have no intention of stopping now. And if Dissolution offers a glimpse of the direction they wish to take, we are eager to see how this new version of Siamese translates to the stage, particularly during their upcoming tour alongside Dayseeker and Northlane. Siamese has successfully pulled off the balancing act: sounding darker without losing their identity, heavier without sacrificing melody, and, above all, surprising enough to make you want to hit play again the moment the album ends.

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