« Sangham est un mot sanskrit désignant un point de confluence entre plusieurs fleuves : un lieu de rencontre et de transformation où les êtres viennent se purifier », se décrit le groupe originaire de Marseille. Formé durant l’année tumultueuse qu’a été 2020, Sangham s’apprête à sortir son deuxième album sous le nom de The Radiant Crown (la radieuse couronne). Celui-ci aborde des thèmes clairs et engagés tels que la violence animale, le patriarcat, la surconsommation et l’environnement.
Le son est incisif, teinté de gravité et d’urgence mêlant riffs percutant et volupté grâce à la voix de la chanteuse Christelle Meunier. Fait rare pour être souligné, c’est bien une leadeuse qu’on a le plaisir de voir évoluer dans un univers bien trop masculin. La cause féministe étant un sujet important pour eux, on peut y retrouver des parallèles de cette société encore très centrée autour du patriarcale dans leur musique. Et notamment très clairement dans leur single Reclaim, une ode féministe si importante en ces temps instables. Un titre puissant et qui fait du bien, avec notamment des messages importants à partager et à diffuser : « Her uterus is not territory to be conquered. Her body will no longer be enslaved. She will join the songs of the birds to reclaim her freedom » (Son uterus n’est pas un territoire à conquérir. Son corps ne sera plus réduit en esclavage. Elle va rejoindre le son des oiseaux pour réclamer sa liberté »). Le clip réuni également des frontwomen surpuissantes lui donnant une dimension d’hymne féministe et d’une extrême sororité, Eva Hägen (Grandma’s Ashes), Lola Didier alias Soca (Encounters et Aeonian Blossom), Sofia Bortoluzzi (No Terror In The Bang et Drame) et sept autres de leurs coéquipières forment une armée de onze femmes reprenant en chœur hurlant : « Tremble, tremble, inquisitors. Their mothers whisper to them the knowledge of their ancestors. The Pythias have emancipated themselves » (« Tremblez, tremblez, inquisiteurs. Leurs mères leur ont soufflé le savoir de leurs ancêtres. La Pythie s’est émancipée elle-même »).
Le groupe peut se vanter de son metal moderne au riff progressif en parfaite concordance avec leurs prises de positions musicales. La musique est, ici, mise au service des paroles et non l’inverse, il est impensable d’ailleurs d’écouter ce projet sans avoir les paroles à disposition et de ne pas en comprendre le sens. Ce n’est pas une musique qui est destinée à être écoutée futilement, ce sont des poèmes qui sont créés pour nous faire réfléchir, pour conscientiser l’auditeur. Au même titre qu’Our Vain Pleasure, traitant cette fois-ci de la maltraitance animale. Le groupe s’est uni, le 11 mai dernier, avec Futur Asso, afin de vendre un t-shirt au sigle « ceci n’est pas une merch, ceci est une prise de position » à l’occasion de la sortie du single, tous les fonds étant reversés à celle-ci.
Le choix du metal progressif semble tout à fait pertinent au vu de ce que le groupe souhaite mettre en avant. Effectivement, les rythmes saccadés (enchaînements de 4/4 et de mesures composées), les guitares complexes, la voix entre chant saturé et chant clair et séraphique, tendent une jolie métaphore du chaos, désordre et difficulté perpétuelle de notre société. Les Marseillais oscillent entre violence due au metal en lui-même, violence des paroles et propos, violence de la dénonciation même et beauté tant l’EP est rempli d’espoir à une vie meilleure.
Sangham est teinté de paradoxe et c’est ce qui rend le projet aussi intéressant et pertinent. Cet album est un trésor qu’il faut entendre et qui fait du bien à entendre au vu de l’actualité et de l’imminente déchéance humaine. Un groupe émergeant qui mériterait de gagner en visibilité tant il a de potentiel.

Tracklist :
The Insatiable Ogre
The Last Kings
La Tour Dorée
Terrestrial Astronaut
Our Vain Pleasure
Listen
Reclaim
Elevation
