[ENGLISH VERSION BELOW] Il y a des groupes qui évoluent à petits pas, par touches successives, sans jamais réellement bousculer leur formule. Et puis il y a ceux qui prennent le risque de déplacer les lignes, quitte à dérouter une partie de leur public. Avec Modern Life Is Lonely, sorti ce 18 septembre via Sumerian Records, Holding Absence choisit clairement la seconde option.
Après The Greatest Mistake of My Life et The Noble Art of Self Destruction, le groupe aurait pu se contenter de poursuivre sur la même voie : des guitares massives, des refrains immenses et cette voix immédiatement reconnaissable de Lucas Woodland, capable de passer de la fragilité au déchirement en quelques secondes. Mais le quatuor britannique ouvre ici considérablement son spectre sonore. Synthétiseurs, vocoders, textures ambient, éléments électroniques et touches presque hyperpop viennent désormais se mêler à l’ADN post-hardcore du groupe.
Le changement le plus évident se situe dans la production. Les guitares sont parfois moins présentes comme force motrice et davantage utilisées comme des textures, noyées dans la réverbération et superposées aux synthés. Les voix transformées, les batteries électroniques et les éléments ambient occupent également une place beaucoup plus importante. Cette orientation permet au groupe d’explorer des territoires jusque-là moins familiers.
Le morceau-titre résume particulièrement bien cette nouvelle approche : aux sonorités froides et artificielles répondent les screams et la voix profondément humaine de Lucas Woodland. L’opposition entre technologie et émotion n’est donc pas seulement présente dans les paroles : elle est directement intégrée à la production. Et c’est probablement là que le concept de Modern Life Is Lonely prend toute sa force.
L’album s’intéresse à une contradiction profondément contemporaine : comment être constamment connecté au monde tout en ayant le sentiment d’en être isolé ? La figure de Y4-BBO, personnage robotique associé au rapport entre technologie et spiritualité, accompagne cette réflexion. Mais plutôt que de transformer l’album en démonstration conceptuelle, Holding Absence utilise cette idée comme toile de fond pour parler de choses beaucoup plus universelles : le deuil, l’identité, le besoin de connexion et la peur de la solitude.
C’est aussi ce qui explique les nombreux contrastes du disque. La production peut se montrer lumineuse et presque euphorique, tandis que les émotions restent profondément mélancoliques. Les refrains sont gigantesques, mais donnent souvent l’impression de chercher une connexion qui n’arrive jamais vraiment. La voix de Lucas Woodland reste essentielle dans cette équation. Même lorsque la production devient très synthétique, son interprétation conserve cette fragilité qui empêche le groupe de basculer complètement dans une esthétique froide et numérique.
Holding Absence semble désormais davantage intéressé par ce que ses morceaux font ressentir que par la recherche systématique du riff ou de la mélodie imparable. Les arrangements respirent davantage, les morceaux prennent le temps d’installer leurs atmosphères et les interludes lo-fi participent à cette impression de voyage intérieur.
Le problème, c’est que cette approche peut parfois donner une impression de répétition. Certaines chansons restent assez proches mélodiquement et l’omniprésence des textures électroniques peut faire regretter les aspérités et les lignes de basse plus marquées de The Noble Art of Self Destruction. La production, très propre, très contrôlée, fait également perdre un peu de cette sensation organique qui caractérisait les précédents albums.
Et c’est finalement Kyoto Snow , en guise de conclusion, qui résume le mieux cette nouvelle identité. Plutôt que de terminer sur une démonstration de puissance, Holding Absence privilégie une approche contemplative et cinématographique. Les différentes textures du disque semblent se fondre les unes dans les autres, comme un souvenir qui disparaît progressivement.
Modern Life Is Lonely n’est donc pas une révolution pour Holding Absence. C’est quelque chose de plus intéressant : un disque de transition qui ose regarder ailleurs sans renier ses origines. Le groupe conserve ses énormes refrains, son intensité et cette capacité à mettre la vulnérabilité au premier plan, tout en leur donnant un nouvel écrin sonore. Parfois lisse, parfois un peu répétitif, mais ambitieux et sincèrement émotionnel, l’album confirme surtout que Holding Absence n’a pas envie de rester enfermé dans une formule. Le groupe ne cherche plus seulement à écrire du post-hardcore mélodique. Ce nouvel album sorti via un nouveau label marque un vrai renouvellement dans leur carrière et on a hâte de voir jusqu’où Holding Absence nous emmènera.

Tracklist :
02 Reflection
03 Heaven
04 Modern Life Is Lonely
05 Take Me With You
07 Whisper Of A Dream
08 Lucid Love
09 Scorched Earth
10 lullaby.int
11 Kyoto Snow
[ENGLISH VERSION] Some bands evolve in small steps, making incremental changes without ever truly shaking up their formula. Then there are those who take the risk of pushing boundaries, even at the cost of alienating some of their audience. With Modern Life Is Lonely released on September 18 via Sumerian Records , Holding Absence clearly opts for the latter path.
After The Greatest Mistake of My Life and The Noble Art of Self Destruction, the band could have simply stayed the course: massive guitars, soaring choruses, and Lucas Woodland’s instantly recognizable voice, capable of shifting from fragility to raw, heart-wrenching intensity in seconds. Instead, the British quartet significantly broadens its sonic palette here. Synthesizers, vocoders, ambient textures, electronic elements, and touches of hyperpop now blend with the band’s post-hardcore DNA.
The most obvious shift lies in the production. Guitars sometimes take a back seat as the driving force, serving instead as textures—drenched in reverb and layered beneath synths. Processed vocals, electronic drums, and ambient elements also play a much more prominent role. This direction allows the band to explore previously unfamiliar territory.
The title track encapsulates this new approach perfectly: cold, artificial sounds are met by Lucas Woodland’s screams and deeply human vocals. The contrast between technology and emotion isn’t just found in the lyrics; it is woven directly into the production. And that is likely where the concept behind Modern Life Is Lonely truly comes into its own.
The album explores a deeply contemporary contradiction: how can one remain constantly connected to the world while feeling isolated from it? The figure of Y4-BBO, a robotic character linked to the relationship between technology and spirituality, accompanies this exploration. But rather than turning the album into a conceptual exercise, Holding Absence uses this idea as a backdrop to address far more universal themes: grief, identity, the need for connection, and the fear of loneliness.
This also explains the record’s many contrasts. The production can be bright and almost euphoric, while the emotions remain deeply melancholic. The choruses are massive yet often feel like they are reaching for a connection that never quite materializes. Lucas Woodland’s vocals remain central to this equation; even when the production leans heavily into synths, his delivery retains a fragility that prevents the band from slipping entirely into a cold, digital aesthetic.
Holding Absence now seems more interested in the emotional impact of their songs than in the relentless pursuit of the perfect riff or hook. The arrangements have more room to breathe, the tracks take their time to establish their atmosphere, and lo-fi interludes contribute to the sense of an inner journey.
The downside is that this approach can sometimes feel repetitive. Certain songs remain melodically similar, and the omnipresence of electronic textures might leave listeners missing the rougher edges and more prominent basslines of The Noble Art of Self Destruction. The highly polished, controlled production also sacrifices some of the organic feel that characterized their previous albums.
Ultimately, it is the closing track, Kyoto Snow, that best encapsulates this new identity. Rather than ending with a display of raw power, Holding Absence opts for a contemplative, cinematic approach. The record’s various textures seem to blend into one another, like a memory gradually fading away.
Modern Life Is Lonely is not a revolution for Holding Absence. It is something more interesting: a transitional record that dares to look in a new direction without disowning its roots. The band retains its massive choruses, its intensity, and that ability to place vulnerability front and center, all while giving them a fresh sonic backdrop. At times polished, occasionally a bit repetitive, yet ambitious and genuinely emotional, the album above all confirms that Holding Absence has no desire to be boxed into a formula. The band is no longer aiming merely to write melodic post-hardcore. Released via a new label, this album marks a genuine turning point in their career, and we look forward to seeing where Holding Absence takes us next.
