VIOLENCE + AS THEY BURN + NDKH, Petit Bain, Paris (20.03.2026)

Certaines soirées ressemblent à des tempêtes. On voit les nuages s’amonceler au loin, on sent la pression arriver, mais rien ne nous prépare vraiment à l’instant où la vague frappe. Ce soir là, le Petit Bain porte bien son nom. Amarré au bord de la Seine, la salle hésite entre revêtir son costume de navire de guerre ou de transport industriel. Quoi qu’il en soit, la musique va prendre le contrôle de la barre.

NDKH

Les premiers à prendre place sur le pont sont NDKH. Les Parisiens n’ont pas besoin de beaucoup de temps pour installer leur univers. Dès les premières notes, le public comprend qu’il ne s’agira pas d’une simple mise en bouche. Le groupe déploie un mélange de djent, de deathcore et de progressif avec une assurance impressionnante pour une formation qui reste, comme toute, encore jeune. Les riffs semblent se plier et se tordre comme des voiles de navire prêtes à être déchirées par le vent, tandis que la voix du vocaliste nous tire avec une rage brute dans les profondeurs abyssales de la Seine.

La précision chirurgicale des musiciens contraste avec la violence des impacts. Chaque break ressemble à une suspension du temps avant une nouvelle chute dans le vide. Dans la fosse, les premiers remous apparaissent. Les corps qui se heurtent commencent à faire tanguer l’embarcation.

NDKH joue sans chercher à séduire. Le groupe impose son langage dense et exigeant, presque labyrinthique par moments. Pourtant, loin de perdre l’auditoire, cette complexité nourrit une tension permanente. Les morceaux s’enchaînent comme des chapitres d’un même récit dystopique, entre écrasements rythmiques et envolées mélodiques. Lorsque le set s’achève, la sensation est celle d’avoir assisté à l’ouverture d’une faille dans le plancher du navire. La soirée est lancée et personne ne sortira indemne de cette traversée.

AS THEY BURN

Le retour d’As They Burn sur une scène parisienne possède forcément quelque chose de particulier. Pour beaucoup dans la salle, le groupe fait partie de ces noms qui ont façonné le metalcore français des années 2010. Dès leur arrivée, une forme d’électricité nostalgique traverse le Petit Bain. Mais très vite, la nostalgie laisse place à une évidence : As They Burn ne regarde pas en arrière.

Le nouveau chapitre porté par Zek Eladio s’incarne avec une énergie féroce. Les récents titres trouvent naturellement leur place au milieu d’un répertoire devenu culte. Les breakdowns tombent comme des poutres d’acier tandis que les refrains fédérateurs rallument instantanément la mémoire collective. Chaque morceau semble déclencher une réaction en chaîne dans la fosse.

La force du groupe réside dans cette capacité à conjuguer puissance et maîtrise. Rien ne paraît forcé. Les musiciens avancent avec l’assurance tranquille de ceux qui savent exactement où ils vont. Les échanges avec le public sont rares mais sincères. Ici, tout passe par la musique.

Les guitares dessinent des paysages de ruines modernes, la batterie propulse chaque titre avec une intensité implacable et le chant oscille entre déchirements et rugissements. Au fil du concert, les mouvements de foule gagnent en ampleur. Les circle pits se forment naturellement, comme attirés par une gravité invisible.

Il y a dans ce retour quelque chose de profondément réjouissant. Non pas parce qu’un groupe culte rejoue ses classiques, mais parce qu’il semble avoir retrouvé une raison de brûler. Lorsque les dernières notes résonnent, As They Burn laisse derrière lui un public essoufflé et souriant. As They Burn a pu renaitre de ses cendres.

VIOLENCE

Puis vient le moment où les lumières s’éteignent une dernière fois. Le moment où le navire entre dans la tempête.

VIOLENCE apparaît dans un déluge de basses et de lumières stroboscopiques. Dès les premières secondes, la salle change de dimension. Le Petit Bain n’est plus un bateau amarré sur la Seine. Il devient un bunker flottant, une machine industrielle lancée à pleine vitesse vers un horizon en flammes.

Autour de Niveau Zero et de ses machines, chaque élément semble participer à une même mécanique de destruction. Les pulsations électroniques frappent le sternum avec la précision d’un marteau-pilon. Les guitares découpent l’espace comme des lames chauffées à blanc. La batterie transforme la salle en zone de conflit.

Les morceaux issus de The Block prennent une ampleur phénoménale sur scène. Pensées pour le live, ces compositions explosent littéralement au contact du public. Les frontières entre metal, bass music et indus disparaissent complètement. Tout fusionne dans une matière sonore compacte, brûlante, impossible à contourner.

Le chant de John Kazadi agit comme un appel à l’insurrection. Chaque intervention est portée avec une conviction presque physique. On ne regarde plus vraiment le groupe. On vit l’expérience avec lui. Les basses traversent les corps, les flashes aveuglent, la fumée envahit l’espace. Tous les repères habituels disparaissent.

La fosse répond avec une ferveur impressionnante. Les premiers rangs se transforment en marée humaine. Chaque drop provoque une nouvelle déferlante. Les visages sont couverts de sueur, les bras tendus vers la scène, les cris reprennent les paroles comme un slogan collectif.

Ce qui frappe le plus chez VIOLENCE, c’est sa capacité à rendre organique une musique pourtant nourrie d’électronique. Rien n’est froid ni seulement mécanique. Derrière les machines, il y a une colère profondément humaine. Une énergie brute qui cherche constamment à sortir de son cadre.

Les moments les plus lourds ressemblent à des effondrements d’immeubles. Les passages électroniques évoquent des sirènes de fin du monde. Puis surgissent parfois quelques respirations plus aériennes, de brèves éclaircies aussitôt englouties par une nouvelle vague sonore.

Le groupe maîtrise parfaitement les dynamiques. Il sait quand écraser son public sous une avalanche de décibels et quand lui laisser quelques secondes pour reprendre son souffle avant le prochain impact. Cette gestion de la tension rend le concert hypnotique.

Au fil du set, le Petit Bain semble dériver loin de Paris. Les quais disparaissent. Il ne reste plus que cette communauté éphémère réunie autour d’un même besoin expiatoire. Une heure durant, la musique devient exutoire, manifeste et défouloir collectif.

Lorsque les dernières vibrations s’éteignent enfin, un étrange silence s’installe. Le genre de silence qui suit les grandes tempêtes. Les regards se croisent, encore incrédules. Les oreilles bourdonnent. Les jambes tremblent légèrement.

Le navire est revenu à quai. Mais quelque chose est resté là-bas, au cœur de la nuit parisienne, quelque part entre les remous de la Seine et les échos métalliques de tempête dévastatrice. VIOLENCE n’a pas seulement clôturé une soirée. Le groupe l’a submergée.

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