Hot Mulligan + Delta Sleep + Tuesday Fall @La Maroquinerie, Paris (22.02.2026)

Ce soir là, la Maroquinerie a ouvert sa petite cour pour se transformer en bckyrd émotionnel, un jardin mal entretenu rempli de pensées qu’on aurait dû tailler depuis longtemps, avant qu’elles ne prennent autant de place.

Heureusement, certains artistes savent sublimer ces plantes invasives, intrusives, pour en faire de belles chansons. Live-Report et Photos par Aurélie Renault

Tuesday Fall : décollage en douceur 

La soirée commence doucement, avec les Français de Tuesday Fall.
Pas un départ brutal. Plutôt une mise en orbite progressive.

Le groupe installe une atmosphère entre retenue et débordement. Des morceaux qui ressemblent à des pensées en apesanteur, celles qui tournent en boucle les soirs d’insomniæ : entêtantes, nostalgiques, suspendues quelque part entre le sol et quelque chose de plus grand.

Ça flotte. Ça dérive. Ça accroche doucement.

Les premières notes donnent presque l’impression d’un décollage raté… ou réussi trop lentement. Comme Icare qui hésite encore à s’approcher du soleil, qui teste ses ailes avant la chute.

Le groupe est encore timide sur scène, mais généreux dans ce qu’il donne. Ils parlent, sourient, partagent et soudain, un corps quitte l’orbite : un des musiciens plonge dans la fosse pour un bain de foule éclair, comme une traversée atmosphérique express.

Le set avance dans une trajectoire encore tremblante d’humilité, mais sincère.
Ça ne cherche pas à briller trop fort. Mais ça finit par illuminer quand même.

Et quand tout s’arrête, il nous reste quelque chose dans l’oeil…
Des paillettes, peut-être. Ou des étoiles ? Plutôt une supernova qui ne dit pas son nom.

Delta Sleep : la forme de l’eau

Avec Delta Sleep, les lignes ne sont plus droites.

Elles ondulent.

Des rythmiques qui donnent l’impression de réfléchir trop vite, des guitares qui tracent des courbes imprévisibles comme des équations qu’on résout sous l’eau, où tout devient plus lent, plus dense, mais aussi plus intense.

Math rock, oui. Mais loin d’être dur comme du roc. On flotte et dérive au rythme de leur set. Les morceaux s’écoulent, se superposent, s’infiltrent.
Un motif revient, puis un autre, puis le même, transformé comme des vagues qui frappent différemment mais toujours au même endroit.

Derrière la précision, il y a ce cœur qui bat. Régulier. Vital.

La salle se laisse porter, presque immergée. Une vibe quasi sensuelle, comme une marée lente qui monte sans prévenir. Les yeux pourraient se fermer sans perdre le fil au contraire.

Dans leur monde musical, leur camp d’aventure, tout a sa place. Rien ne déborde vraiment, mais tout circule. Comme si chaque morceau était un puzzle émotionnel. Chaque titre semble répondre à quelque chose en nous, toucher une nouvelle émotion. Les morceaux résonnent, font écho en nous.

Delta Sleep désoriente, mais sans jamais noyer. Ils nous entraînent dans leur dérive contrôlée, jusqu’à nous immerger doucement et nous conduite à nous abandonner à leur musique. Nous nous laissons submerger par leurs émotions.

Une découverte qui laisse des traces… comme du sel sur la peau.

Hot Mulligan : des titres trop longs pour un concert trop court 

La tête d’affiche arrive et rien n’a vraiment de sens. Ou alors trop.

Dès « Moving to Bed Bug Island« , ça part comme une fuite organisée. Quitter quelque chose, n’importe quoi, même si c’est infesté, même si ça gratte encore. Parce que rester, ce serait pire.

Puis s’enchainent « And a Big Load« , « It Smells Like Fudge Axe in Here« , des titres qui ressemblent à des blagues internes… jusqu’à ce que les paroles rappellent que non, pas vraiment. Que derrière l’absurde, il y a toujours un truc qui pique. Toujours.

« Island in the Sun » n’a rien d’une carte postale. C’est une île mentale, pas très stable, un endroit où l’on s’isole sans vraiment s’y sentir mieux. Et au milieu de tout ça, des prénoms, des situations, des fragments de vie : « Bon Jonah« , « Monica Lewinskibidi » (sans compter « Brian« , « John« , « Mark« ), comme pour nous raccrocher à la réalité, à ceux qui comptent, qui nous permettent de garder la tête hors de l’eau, comme les regards que l’on cherche autour de nous, dans cette salle de concert. Parce qu’on en prend quand même plein la tronche, ce soir.

Le truc avec Hot Mulligan, c’est que les titres font rire. Mais les paroles, beaucoup moins. « How Do You Know It’s Not Armadillo Shells? » nous balance des questions absurdes comme un mécanisme de défense pas sain du tout. Derrière, ça parle d’incertitude, de doute constant, de cette incapacité à faire confiance à ce qu’on ressent.

Puis « And I Smoke« , comme une respiration toxique, une habitude qu’on garde même en sachant qu’elle n’aide pas vraiment. Parce que pourquoi pas. Parce que tout est déjà un peu foutu. Et nous, dans ce chaos organisé, on a les émotions en vrac

« John ‘The Rock’ Cena… » débarque comme une punchline interminable, un titre qui n’en finit pas exactement comme ces pensées qui tournent en boucle et refusent de se taire. Et comme un punch, un coup au sens propre.

Puis « Featuring Mark Hoppus« . Et là, explosion. Parce que derrière la référence pop-punk, il y a surtout cette capacité à transformer l’auto-sabotage en hymne. À faire d’un mal-être une chorale. Personne ne chante juste. Mais on s’en moque pas mal.

Quand arrive « Drink Milk and Run« , nous semblons voir l’issue. La porte de sortie de notre mal être. Fuir. Encore. Toujours. Boire quelque chose de simple, d’inoffensif, et partir comme si ça pouvait suffire à réparer quoi que ce soit. Sans surprise : ça ne fonctionne pas. Mais sur le moment, ça donne envie d’y croire.

« Shhhh! Golf Is On« . Mais c’est plutôt Shhh… tout le monde crie. Ironie parfaite car personne ne se tait. La salle est une contradiction vivante, à l’image de leurs titres.

Le groupe continue de nous noyer en nous traînant dans les profondeurs de notre mal être, avec « Feel Like Crab » qui parle de se sentir à côté, mal à l’aise dans son propre corps, dans ses propres interactions. Et pourtant, en étant là, à chanter ces paroles au milieu de centaines d’autres personnes qui ressentent exactement la même chose, nous aide à oublier que nous nous sentons concernés par ce texte.

Rien ne s’arrange, tout se partage

Les derniers morceaux s’enchaînent comme un trop-plein. « Gans Media Retro Games« , « Stickers of Brian« , « Slumdog Scungillionaire« . Puis « This Makes Me Yucky« . Et oui. Exactement. Parce que tout ça est un peu sale, un peu inconfortable, un peu trop vrai. Des titres qui ressemblent à des souvenirs absurdes, presque insignifiants, mais qui prennent tout leur sens quand on les vit ensemble.

Et forcément, forts de ce constat, la soirée se termine avec « BCKYRD » et « Equip Sunglasses« . Retour à la case départ. Au jardin intérieur. Mais avec les copains… et des lunettes, parce qu’on ne veut jamais trop se prendre au sérieux. Parce qu’on essaye d’éviter.

Hot Mulligan fout le bordel et ne range rien.  Ils nous laissent avec nos pensées, nos erreurs, nos regrets, et des punchlines absurdes qui nous restent en tête pendant des jours. Mais aussi, avec quelques vérités trop honnêtes, qu’on plantera au fond du jardin… à voir si ça donnera un arbre.

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