Frozen Soul : bleu à l’âme (LIVE-REPORT ET PHOTOS PAR AURELIE RENAULT)
Il fait froid… si froid. Tout commence par ce froid. Pourtant, il faisait chaud il y a quelques instants. Que s’est-il passé ?
Frozen Soul déboule comme des giboulées de mars avant l’heure.
Le groupe ouvre avec “Encased in Ice” et semble ainsi nous annoncer notre sort. Nous sommes venus pour nous réchauffer, mais las texans en ont décidé autrement : [Here is] No Place Of Warmth.
Et bien que nous essayons de lutter en nous mouvant dans la fosse,“Absolute Zero” coupe net ce qu’il restait de chaleur. Les corps ralentissent, les nuques se raidissent. C’est une mise en veille forcée. Nous assistons, impuissants au chaos qu’ils invoquent sous nos yeux : Chaos Will Reign.
Les riffs glissent comme sur du verglas, et nous trébuchons dessus avant de nous laisser emporter dans une crypte de glace (“Crypt of Ice”).
Leur prestation est une “Morbid Effigy”, et pourtant nous étions vivants il y a peu. Nous cherchons de la chaleur humaine dans ce milieu hostile, et ainsi les corps se blottissent, les tissus se rétractent.
Il faut s’adapter. Heureusement, l’humanité du groupe nous donne une lueur d’espoir.
Et puis… nos cœurs battent encore, nous les sentons dans nos oreilles.
Nos lèvres sont finalement bleues. Comme notre âme glacée.
The Black Dahlia Murder : un assassinat non élucidé
Le silence glacial est sectionné d’un coup. La glace est brisée en deux. Nette.
“What a Horrible Night to Have a Curse” annonce The Black Dahlia Murder.
Et effectivement, quelle nuit horrible pour constater que nous venons d’être assassinés, d’où le froid qui nous envahit, et pourtant contraints d’être là pour y assister. Nous avons même payé pour ça : comme Sisyphe et son rocher, nous savons ce que ça nous coûte, et pourtant sommes contraints par notre passion à retourner encore et encore nous abimer, nous entrechoquer dans la fosse commune, où sont jetés nos corps.
Face à nous, nos bourreaux : les riffs deviennent des lames, les rythmes de batterie sont des impacts répétés de notre tête contre le sol, le do, le la. Les musiciens jouent un death metal melodique chirurgical, précis.
“Kings of the Nightworld” transforme la salle en terrain de chasse. Et ce sont eux, les
Nightbringers. Ce sont eux qui ont apporté la nuit à nos vies. Et ce, avec un béret rouge.
“Everything Went Black” efface ce qui restait de repères. En sortir vivant était une belle Utopia.
Il fait noir.
C’est terminé pour nous.
The Halo Effect : apparition
Puis, une lumière. Pas franche. Pas salvatrice. Un halo.
Sommes nous au Paradis ? Pas encore.
The Halo Effect arrivent telle une apparition. Ils nous prennent par la main dans une “March of the Unheard”. Nous ne sommes plus seuls, nous sommes légion à tenter de faire entendre nos voix.
Leurs projecteurs, aveuglants, guident nos pas, tandis que leurs harmonies réchauffent nos êtres. “Feel What I Believe”.
Les mélodies s’installent dans les plaies laissés par la violence des groupes précédents, et semblent apaiser les douleurs. “Shadowminds” flotte au-dessus de la salle, comme une pensée qu’on n’arrive pas à attraper mais qu’on reconnaît quand même.
“Between Directions”. Exactement. Ni avant. Ni après. Juste là, dans ce point d’équilibre fragile où tout pourrait basculer.
Et peut être que nous nous sommes, en effet, laissés avoir par cet effet de halo. Par une belle première impression qui nous a conduits à ne voir que ce que nous voulions voir.
De fait, sans nous en rendre compte, nous avons suivi la bande dans un Channel to the Darkness.
Et lorsque nous le réalisons, au rythme de « A Truth Worth Lying For« , il est déjà trop tard.
Ces êtres de lumières sont en réalité des Shadowminds, des esprits de l’ombre, qui n’ont qu’une volonté : faire brûler le Paradis.
Heaven Shall Burn : dans les flammes de l’enfer.
Et puis il n’y a plus de lumière.
“War Is the Father of All” annonce le projet, qui s’est dessiné depuis le set de Frozen Soul qui parlait d’arsenal de guerre et invoquait la guerre (Arsenal of War, Invoke War).
La guerre sainte est déclarée. Celle de la lumière contre l’obscurité. Et nous, nous sommes dans la pénombre.
Mais Heaven Shall Burn se positionne en leader de la révolution. Le groupe a de l’énergie pour ceux qui n’en ont plus, ils ont de la voix pour ceux qui n’en ont pas. Ils sont une “Voice of the Voiceless”. Marcus Bischoff, au chant, prend le temps d’un regard pour chacun, et la bienveillance transparaît dans ses yeux. Le frontman connaît le chemin, il maîtrise son set avec un main de maître, et sait où il nous emmène. Ainsi, le public se meut avec lui. Les voix montent. Pour exister.
Avec lui, nous crions “My Revocation of Compliance” : refuser. Résister. Ne pas plier… Plus
jamais. Nous serons un contrepoids, Counterweight.
Nous marchons ensemble, et nos cœur s’emballent au rythme de la double pédale. Chaque impact de grosse caisse est l’expression d’une oppression que nous ne ne tolérons plus et voulons faire tomber. Cette soirée fait sens. Nous savons pourquoi nous sommes là.
Quand “Endzeit” se fait entendre, il est temps pour nous de faire triompher la résistance. Le poing levé, la salle entière s’égosille sur l’hymne de notre génération, notre Final Countdown à nous. We are the final resistance. Nous défendrons notre Paradis, oui, mais avant tout, nous protègerons cette communauté précieuse qui nous entoure. Car contrairement à ce que nous laisserait penser Black Tears, la dépression n’est pas notre seule amie. La noirceur n’est pas le seul chemin. Et les quelques
larmes essuyées par des amis seront gage de cette humanité qui triomphe doucement.
Nous refusons la supériorité du mal, son Übermacht. Et tant pis si nous y laissons notre carcasse : le combat se fait au centre de la salle. “The Martyrs’ Blood”. Les spectateurs alentours suivent le massacre, et envoient leur Thoughts and Prayers”. Cette force envoyée encourage les combattants à se donner encore plus, tandis que le groupe les encourage.
Le public semble pris dans quelque chose de plus grand que lui. Ensemble, nous sommes “The Weapon They Fear”. Et c’est peut-être ça, l’arme ultime : l’empathie. Cette capacité à être avec les autres, connecter avec eux, et s’autoriser à ressentir pleinement.
Et lorsque nous entendons « A Whisper From Above« , nous comprenons que cette lutte touche à sa fin. Il est temps pour nous d’attraper la main qui nous sortira de là. Nous sommes prêts à retrouver l’accalmie. Non sans dégâts. Et condamnés à rester sur Terre encore un petit bout de temps… Et d’ici là, le paradis peut bien continuer de brûler, on n’est pas plus mal ici bas. Ensemble.
