Hail The Sun + Kurt Travis + Sunday Waves @Le Glazart, Paris (13.03.2026)

Le 13 mars dernier, la météo annonçait un phénomène étrange : un vent marin devrait traverser la ville pour venir s’engouffrer dans la petite salle du Glazart, et nous apporter le soleil jusqu’alors porté disparu. LIVE-REPORT ET PHOTOS PAR AURELIE RENAULT

SUNDAY WAVES

Un vendredi soir aux allures dominicales. Une soirée douce. Lente. Sans urgence.
SUNDAY WAVES monte sur scène comme on s’installe sur le sable encore frais, les yeux mi-clos, bercés par le roulis d’une mer tranquille. Ce n’est pas juste un groupe, c’est une réunion de famille. Des visages familiers, des fragments de Karaba FC, Parlor et Lugosi qui se retrouvent comme autour d’une table, un dimanche midi, quand le temps ralentit et que les rires flottent dans l’air.

Leurs morceaux ondulent, respirent. La foule tangue doucement. On sent l’écume dans les guitares, les reflets du soleil sur l’eau dans les nappes sonores. Chaque note est une vague qui vient se fracasser contre le cœur, avant de repartir, et de laisser derrière elle une sensation de paix étrange. Le public ne saute pas encore, il flotte. Il dérive.

Il y a quelque chose de profondément rassurant dans leur musique. Comme rentrer chez soi après une longue absence. Comme retrouver une chaleur simple, presque enfantine. Le dimanche devient un refuge, et SUNDAY WAVES en est la bande-son : une marée lente qui enveloppe tout le monde dans une douceur presque irréelle.

Kurt Travis

Nous marchons un temps sur le rivage imaginaire, avant de croiser la route de Kurt Travis, qui nous accueille dans son jardin coloré, fleuri. Avec lui, c’est comme si le soleil perçait enfin à travers les nuages. Une chaleur plus vive, presque tactile, qui glisse sur la peau.

Dès Easy Peasy, quelque chose s’illumine dans la salle. Les regards brillent, les corps ondulent, et une énergie nouvelle circule. Sa musique est douce, rassurante, comme des rayons du soleil qui caresseraient nos visages. Desperate transforme cette chaleur en une sorte d’euphorie légère, presque scintillante. Nos batteries se chargent de vitamines sonores. Les musiciens qui l’accompagnent sont tout autant des virtuoses que le vocaliste. Les notes pétillent, les guitares nous éblouissent de paillettes.

Il y a dans sa voix une texture particulière, quelque chose de soyeux, de lumineux. Quand il enchaîne avec How Could I et same as it’s been, on a l’impression d’être enveloppé dans une lumière d’après-midi, celle qui rend tout plus beau, plus doux, plus fragile aussi.

Puis viennent Fantasy, Tootsie Roll, et surtout un morceau que les fans de Dance Gavin Dance (Travis ayant été dans le groupe) ne manqueront pas de savourer, Strawberry Swisher Pt. 2. La salle explose dans une joie pure, comme si la chaleur se transformait en étincelles. Une pluie de paillettes invisibles, mais audibles.

Enfin, autre morceau de DGD pour clôturer le set: Uneasy Hearts Weigh the Most nous offre une chaleur qui serre le cœur sans jamais brûler. Une lumière qui ne fait pas mal aux yeux mais qui éclaire tout de l’intérieur. Kurt Travis irradie, et nous laisse une sensation aussi légère, mais riche, que ses arpèges.

Hail The Sun

Et puis le soleil devient total.
Hail The Sun apparaît, et les couleurs de l’aube semblent si intenses que tous les téléphones se lèvent pour capturer ce lever de lumière.

The Drooling Class frappe d’une clarté bien trop vive. Nous étions dans la caverne, et la lumière s’est faite intensément Magnifique, vraie, mais brutale. La salle entière se met rue vers la source de lumière, quitte à se brûler les ailes.

Avec Falling on Deaf Ears, c’est une autre vague qui s’abat. Plus émotionnelle. Plus profonde. Les fans de la première heure connaissent, chantent, hurlent presque, et leurs voix se mêlent à celle de Donovan Melero. La beauté de Hail The Sun réside dans leur dualité permanente. Une lumière capable de caresser autant que de brûler. Une voix qui passe de céleste à déchirée en une seconde. Rosée et incendie. Douceur et explosion.

Les nouveaux titres, dont Consumed With You et Insensitive Tempo, s’intègrent naturellement, comme des rayons naissants mais déjà essentiels dans l’univers du groupe. On sent derrière eux toute la matière de cut. turn. fade. back. : un cycle, presque fatal, où tout revient. La lucidité, la chute, la reconstruction. Des thèmes lourds : violence, perte, dépendance, amour,  qui ne disparaissent jamais vraiment, mais reviennent, transformés.

La saudade laissée par la somptueuse Made Your Mark nous ramène, comme une vague lente, sur le sable de Malibu.
Et sur cette plage, Live Forever nous touche autrement. Pas comme une blessure lorsqu’on marche sur un coquillage, mais comme une prise de conscience. Une entaille intérieure, nécessaire. Le morceau est un moment de vérité où l’on se confronte à soi-même, pour peut-être renaître un peu différemment.

Human Target Practice, Burn Nice and Slow, … chaque morceau est une variation de lumière. Tantôt aveuglante, tantôt douce, mais toujours habitée. Toujours sincère. Et leur lumière impacte notre peau, en nous brûlant… doucement mais sûrement, nice and slow.

Quand Donovan passe derrière la batterie pour Ow! (Splidao!) et Missed Injections, c’est un moment qui suscite l’admiration de la salle. Comme voir le soleil changer de forme sans perdre de sa puissance.

Relapse Is a Love Affair nous offre un air frais et doux le temps d’un instant,  mais ce répit n’est que de courte durée. Avec War Crimes, toute la violence du monde, évoquée en filigrane dans leurs textes, finit par ternir, obscurcir, notre lumière.

L’heure tourne et le rappel annonce le coucher du soleil. Relax/Divide ralentit tout. La lumière de la salle n’est plus la lumière extérieure, c’est celle qu’on nourrit précieusement, en soi et pour soi. Une chaleur fragile, vacillante comme la flamme d’une bougie, aussi Maladapted que nous.

Eclipse solaire. La salle s’éteint. Et comme après une journée entière passée au soleil, nous sommes épuisés, et sans doute un peu écorchés par quelques coups de soleil, mais la douleur en valait la peine. Dehors, il fait nuit, et la lune, reflétant le soleil, semble nous sourire comme pour nous dire que cette expérience restera avec nous.

Le soleil est mort, vive le soleil. Hail The Sun.

 

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