Born Of Osiris + Within Destruction + Aversions Crown + Larcenia Roe @Le Trabendo, Paris (21.01.2026)

Ça commence dans un murmure qui racle la gorge. Le Trabendo n’est qu’un ventre, déjà
chaud, prêt à vriller. On ne “va à un concert”, on s’y abandonne, on s’y dépose sans
ressortir intact. Les premiers accords poussent l’air vers l’avant, puis l’air revient, saturé,
comme une vague qui ne s’arrête jamais. Live-Report et Photos par Aurélie Renault.

Larcenia Roe ne pose pas de question, il pénètre. Il n’y a pas de préambule, pas
d’avertissement, juste une irruption brutale dans l’espace et dans les corps. Les riffs ne se
contentent pas d’être joués, ils se plantent dans la peau comme une phrase qu’on répète
encore et encore, jusqu’à ce qu’elle perde son sens pour devenir une sensation pure. Ça
tranche, ça entaille, ça laisse des marques invisibles mais persistantes.

Les morceaux découpent l’air en lambeaux, et avec lui quelque chose de plus intime. Le
chant du vocaliste ne cherche pas à séduire, il crie pour nous, à notre place, toute la
douleur et la noirceur de l’humanité. Une voix qui semble sortir d’un endroit trop profond
pour être confortable, chargée de rage, de fatigue, de brutalité crue. On n’écoute pas
vraiment, on encaisse, et c’est précisément là que ça fonctionne.

Les corps commencent leur propre danse désordonnée. Rien de chorégraphié, rien de
spectaculaire. Pas un pogo, non. Une pulsation. Un balancement instinctif, presque
animal, comme si le son avait trouvé un chemin direct vers le système nerveux. La salle
se met à respirer autrement, à un rythme plus sombre, plus lent parfois, mais terriblement
ancré. Larcenia Roe n’ouvre pas la soirée, il la contamine.

Puis c’est Aversions Crown qui prend le relais. Là où Larcenia Roe était une lame,
Aversions Crown est un marteau. Pas un coup sec, non, une répétition méthodique,
insistante, qui finit par faire céder quelque chose à l’intérieur. Chaque note pèse, chaque
basse vibre dans la cage thoracique comme si elle voulait en refaire un organe, redessiner
l’anatomie à coups de fréquences. Le son est dense, presque granuleux, il colle à la peau,
s’infiltre sous les vêtements, se loge dans les os.

L’ambiance pulse, lourde, métallique, mais jamais figée. Ça avance, ça écrase, ça
progresse par blocs compacts. Les riffs tracent des lignes droites, sans détour, et la
batterie martèle comme une horloge détraquée qui aurait décidé d’accélérer le temps.
Dans la fosse, les cercles ne tournent plus vraiment, ils bruissent. Des essaims humains,
attirés par la même vibration, qui s’imbriquent, se percutent, se repoussent pour mieux se
retrouver. Les corps se balancent à l’unisson, non par mimétisme, mais parce que résister
serait inutile. Aversions Crown ne demande pas, il impose, et la salle accepte, presque
reconnaissante.

Alors éclate Within Destruction. Dès les premiers instants, ce n’est plus une salle, ce sont
des veines qui battent. Le son circule, rapide, nerveux, comme un flux sanguin qu’on
aurait soudain mis sous pression. Le tempo est vivant, imprévisible, il respire avec la foule
et parfois la devance, comme pour la tirer vers l’avant. Plus frontal que brutal, plus incisif
que pesant, le set te prend par la main pour t’entraîner dans sa logique propre.

La sueur et la musique triturent le même battement, se mélangent jusqu’à devenir
indissociables. Les passages plus groovy appellent le mouvement, les accélérations
provoquent des réactions en chaîne. Les rythmiques ne sont plus seulement entendus, ils
sont intégrés, assimilés. Des instructions corporelles gravées dans l’instant. Hocher la tête
n’est plus une réaction, c’est une obligation sacrée, presque un réflexe conditionné. Within
Destruction ne joue pas devant la foule, il joue avec elle, et la transforme en extension
vivante de son propre chaos maîtrisé.

Et puis vient le moment où tout se règle, se met en ordre, se réfracte : Born of Osiris
s’avance. L’intro est une montée, pas un simple démarrage, un grondement concentré,
une lumière qui fait plisser les yeux dans l’ombre. On ne compte plus les secondes, juste
les ondes qui vous traversent.

Ils ouvrent leurs hostilités avec Open Arms to Damnation, et c’est comme si la nuit elle-même s’était mise à respirer à un tempo nouveau : plus fort, plus profond, plus brut. Les
guitares ne sont pas des instruments, ce sont des particules de l’air, qui vibrent en
résonance avec les nerfs de chacun.

Bow Down frappe comme une injonction, un coup de semonce avant Elevate, qui te
soulève sans te demander ton avis. Tout doit s’élever, ici et maintenant. Divergency te
pousse dans des angles où tu n’avais jamais pensé plier ton corps, et White Nile coule à
travers les haut-parleurs comme un fleuve obscur et puissant.

Ce qui est fascinant avec leur set, c’est qu’on ne distingue plus vraiment où finit le groupe
et où commence la salle. Chaque break, chaque groove, chaque souffle de micro est une
invitation à réagir, à sentir, à vivre. Empires Erased se fait sentir avant d’être entendu,
comme un phénomène gravitationnel. Puis In Desolation te fait comprendre que
désolation n’est pas un vide, mais un espace plein de vibrations.

Quand Through Shadows s’installe, on comprend que la lumière a des zones d’ombre, et
que dans ces replis, les sensations trouvent leur couleur la plus brute : le son n’est plus
une écoute, c’est une peau qui frémit. Ascension élève déjà la fin, mais jamais sans t’avoir
fait passer par Torchbearer, Abstract Art et Brace Legs : chacun un chapitre, un souffle, un
monde.

Et puis The War That You Are. Là, il n’est plus question d’être spectateur. Le mot “guerre”
ne désigne pas une bataille, mais la rencontre entre soi et la musique. Une lutte où on
n’es pas défait, mais transformé.

Quand ils entonnent Machine, tout ce qui restait de nous se met à vibrer comme un circuit
électrique : connecté, mais vivant. La machine, ce n’est plus eux sur scène, c’est soi, la
salle, le bruit et le souffle qui ne font qu’un.

On sort de là avec les oreilles encore battantes, mais surtout avec une certitude : le son
peut être une matière vivante. Un cœur qui bat plus fort. Une poitrine qui résonne. Une
chose est sûre, c’est qu’on ne repart pas indemne d’un concert comme on vient d’en voir.
Une part de nous a été définitivement bouleversée.

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