« Avec Ellende, j’essaie toujours d’exprimer l’authenticité et de soulever des questions sur l’existence et le sens de la vie » (Ellende) [FR/EN]

[ENGLISH VERSION BELOW] A l’occasion de la sortie du nouvel album de Ellende, Zerfall , nous avons eu le plaisir de poser quelques questions à L.G, tête pensante du groupe!

1/ Bonjour et merci d’avoir pris le temps de répondre à cette interview. « Zerfall » signifie littéralement « effondrement » : serait-il juste de dire que l’album est une réflexion sur le déclin et la renaissance ? Que représente ce concept pour toi sur le plan personnel et artistique?

Zerfall est né d’un événement tragique dans ma vie. Il traite de la désintégration, mais aussi de la reconstruction de soi. Retrouver sa force et redécouvrir la beauté.

2/ L’album couvre un large éventail d’ambiances, des plus introspectives aux plus intenses. Comment as-tu abordé l’écriture de ces sons contrastés ?

Cet album est le plus intense que j’ai réalisé. J’ai dû arrêter d’écrire régulièrement en raison de longues périodes de deuil. Avec Ellende, j’essaie toujours d’exprimer l’authenticité et de soulever des questions sur l’existence et le sens de la vie. Ce projet exprime des émotions, pas des solutions. Comme dans la vie elle-même, il y a toujours une lueur d’espoir et de beauté, même dans les moments les plus sombres.

3/ Plusieurs morceaux, tels que « Wahrheit Teil I & II », tissent une continuité narrative. Quel rôle joue cette série de morceaux dans l’histoire globale de Zerfall ?

Les paroles de Wahrheit Teil II se traduisent par « Une douleur dans la poitrine, mais je suis en vie. Une piqûre dans le cœur, mais je suis en vie », répétées encore et encore. Ces deux chansons traitent du fait de se retrouver dans une situation de vie exceptionnelle et de chercher une voie à suivre. La vérité est que nous ne comprendrons jamais pleinement le sens de tout cela, mais cela vaut quand même la peine de continuer.

4/ La liste des morceaux évoque des thèmes allant de la transition à la quête de lumière (« Ode ans Licht »). Peux-tu expliquer comment cette progression émotionnelle est structurée ?

« Ode ans Licht » est une analogie avec la chanson précédente d’Ellende, Ballade auf den Tod. C’est une réponse mature et rétrospective à cette chanson, écrite dix ans plus tard. Les deux peuvent coexister avec fierté.

5/ Le nouvel album s’inscrit dans une carrière déjà longue (six albums). Selon toi, qu’est-ce qui distingue Zerfall de ses prédécesseurs ?

C’est à l’auditeur d’en décider. Ces questions me donnent souvent l’impression qu’on attend de moi que je vends quelque chose. Un disque est toujours l’expression d’une période spécifique de la vie d’un artiste. Toutes les sorties ont leur raison d’être et touchent des personnes à différentes étapes de leur vie.

6/ Ta tournée européenne Zerfall commence peu après la sortie de l’album. Comment as-tu choisi tes accompagnateurs (Firtan, Karg) et en quoi leurs styles complètent-ils ton travail ?

Ce sont des amis proches, et bien que notre musique s’exprime différemment, nos visions artistiques sont très proches. Sinon, je n’aurais pas fait de voix invitées pour les deux groupes ni ne les aurais invités à participer aux deux derniers albums d’Ellende. Pour moi, c’était une formation de rêve, et à en juger par les nombreux concerts à guichets fermés, je n’étais pas le seul à le penser. J’étais sincèrement triste lorsque cette tournée s’est terminée.

7/ Le processus créatif derrière Ellende repose en grande partie sur toi seul. Comment as-tu réussi à trouver l’équilibre entre la solitude créative et les exigences d’un album aussi narratif et dense ?

Une grande partie de ce que je fais avec Ellende est basée sur l’intuition. J’écris beaucoup de musique et j’en jette la plupart. À un moment donné, il y a environ quarante-cinq minutes de matériel qui me semblent nécessaires à partager. J’ai la chance que les musiciens avec lesquels je travaille me fassent entièrement confiance, même si cela implique d’incorporer un rythme techno ou du maquillage psychédélique.

8/ Outre la musique elle-même, quelle est l’importance des formats physiques (vinyle, CD, éditions limitées) pour un album aussi symbolique que Zerfall ?

Je ne peux parler que de mon propre point de vue, car je suis moi-même collectionneur. Écouter un vinyle est une expérience différente. On prend le temps, on s’intéresse à la pochette, on écoute attentivement, on retourne le disque et on ne saute pas de morceaux. C’est une façon plus appréciable de consommer de la musique à l’ère du streaming et de la courte durée d’attention. Lorsque l’on met du soin dans la présentation visuelle, cela signifie souvent qu’un soin similaire a été apporté à la musique. Juger un livre à sa couverture n’est pas toujours une erreur, cela offre au moins une orientation.

9/ La pochette est une peinture à l’huile que tu as réalisée toi-même. Quelle est l’idée principale que tu as voulu transmettre avec cette image, et comment cela a-t-il guidé le reste de l’album ?

Honnêtement, je ne sais pas. Ces images émergent de mes rêves. J’ai réalisé qu’expliquer mon art me semblait toujours inapproprié, alors à un moment donné, j’ai laissé l’interprétation à la communauté. Elle est bien plus douée que moi pour exprimer ce qu’elle voit et ressent.

10/ Peux-tu nous parler du processus de création de cette peinture ? L’as-tu conçue avant d’écrire les chansons, ou est-ce l’album qui a inspiré les images de la couverture ?

Je commence généralement à travailler sur la pochette une fois que tout est enregistré et mixé. Il est essentiel pour moi de transmettre visuellement l’atmosphère de l’album.

11/ Comment la pochette reflète-t-elle le thème central de l’album : l’effondrement intérieur et la reconstruction lente et douloureuse ?

Toutes les blessures ne sont pas visibles. De nombreuses horreurs restent cachées et non résolues.

12 / Quelle importance accorde-tu à l’art visuel (comme les pochettes d’albums) par rapport à la musique elle-même ? S’agit-il d’une extension de la même pensée créative ou d’une expression parallèle différente ?

La pochette est souvent sous-estimée. C’est la première chose qu’un auditeur potentiel rencontre dans un monde saturé et surstimulé. Lorsque je travaille sur un album, j’ai déjà une certaine image visuelle en tête. Si je devais faire appel à quelqu’un d’autre, cela ne correspondrait jamais tout à fait à cette vision. Avec Ellende, la musique et les visuels proviennent de la même source et de la même intention. Je pense que cette cohérence est quelque chose que les gens apprécient beaucoup dans le projet.

13/ Quels sont tes projets à court et à long terme avec Ellende ?

Dans un monde axé sur l’optimisation de soi, la carrière et la planification à long terme, Ellende est la seule chose que je fais purement parce que j’aime ça. J’essaie de vivre dans le présent et de rester ouvert à ce qui peut arriver. La vie m’a appris une chose très clairement : vous pourriez être mort le lendemain.

14/ Quels artistes/groupes figurent actuellement dans ta playlist et que tu aimerais recommander à nos lecteurs ?

Der Weg einer Freiheit, Kauan, Nekrodeus, Sunken, White Ward et Sandaru Sathsara.

15 / Merci pour ton temps et tes réponses. Le mot de la fin t’appartient !

Merci et bonne continuation.


[ENGLISH VERSION]

1/ Hello and thank you for taking the time to do this interview. ‘Zerfall’ literally
means ‘collapse’: would it be fair to say that the album is a reflection on decline
and rebirth? What does this concept represent for you on a personal and artistic
level?

Zerfall was born from a tragic incident in my life. It is about disintegration, but
also about rebuilding oneself. Finding strength and finding beauty again.

2/ The album covers a wide range of atmospheres, from the most introspective
to the most intense. How did you approach writing these contrasting sounds?

This album was the most intense one I have done. I had to stop writing regularly
because of prolonged periods of grief. With Ellende I always try to express
authenticity and raise questions of existence and purpose. This project expresses
emotions, not solutions. Like life itself, there is always a hint of hope and
beauty, even in the darkest moments.

3/ Several tracks, such as ‘Wahrheit Teil I & II’, weave a narrative continuity.
What role does this series of tracks play in the overall story of Zerfall?

The lyrics of Wahrheit Teil II translate to “A pain in the chest, but I am alive. A
sting in the heart, but I am alive,” repeated over and over. These two songs deal
with finding yourself in an exceptional life situation and searching for a way
forward. The truth is that we will never fully understand the meaning of all this,
but it is still worth continuing.

4/ The tracklist evokes themes ranging from transition to the quest for light
(‘Ode ans Licht’). Can you explain how this emotional progression is
structured?

‘Ode ans Licht’ is meant as an analogy to Ellende’s earlier song Ballade auf den
Tod. It is a mature and retrospective response to that song, written ten years
later. Both can coexist with pride.

5/The new album is part of an already long career (six albums). What do you
think distinguishes Zerfall from its predecessors?

That is for the listener to decide. These questions often feel like I am expected to
sell something. A record is always an expression of a specific period in an
artist’s life. All releases have their purpose and reach people at different stages
of their own lives.

6/ Your European Zerfall Tour begins shortly after the release. How did you
choose your accompanists (Firtan, Karg) and how do their styles complement
your work?

These are close friends of mine, and although our music is expressed differently,
our artistic visions align strongly. Otherwise I would not have done guest vocals
for both bands or invited them to participate on the last two Ellende records. For
me it was a dream lineup, and judging by the many sold out shows, I was not
alone in that perception. I was genuinely sad when this tour cycle ended.

7/ The creative process behind Ellende relies heavily on you alone. How did you
manage the balance between creative solitude and the demands of such a
narrative and dense album?

Much of what I do with Ellende is based on intuition. I write a lot of music and
discard most of it. At some point there is material of around forty five minutes
that feels necessary to be shared. I am fortunate that the musicians I work with
live trust me completely, even if that means incorporating a techno beat or
psychedelic corpse paint.

8/ Apart from the music itself, how important are physical formats (vinyl, CD,
limited editions) for an album as symbolic as Zerfall?

I can only speak from my own perspective, as I am a collector myself. Listening
to an LP is a different experience. You take time, engage with the artwork, listen
attentively, turn the record and do not skip. It is a more appreciative way of
consuming music in an age of streaming and short attention spans. When effort
is put into the visual presentation, it often signals that similar care was taken
with the music. Judging a book by its cover is not always wrong, at least it offers
orientation.

9/ The cover art is an oil painting you did yourself. What is the main idea you
wanted to convey with this image, and how did it guide the rest of the album?

I honestly do not know. These images emerge from dreams. I realized that
explaining my art always felt wrong, so at some point I left interpretation to the
community. They are much better at articulating what they see and feel than I
am.

10/ Can you tell us about the process of creating this painting? Did you conceive
it before writing the songs, or did the album inspire the images on the cover?

I usually start working on the artwork after everything is recorded and mixed.
Conveying the atmosphere of the album visually is essential for me.

11/ How does the cover art reflect the central theme of the album — inner
collapse and slow, painful reconstruction?

Not all wounds are visible. Many horrors remain hidden and unresolved.

12 / How important is visual art (such as cover art) to you compared to the
music itself? Is it an extension of the same creative thought or a different
parallel expression?

Cover artwork is often underestimated. It is the first thing a potential listener
encounters in an oversaturated and overstimulated world. When I work on a
record, I already have a certain visual image in mind. If I were to commission
someone else, it would never fully match that vision. With Ellende, music and
visuals come from the same source and intention. I believe this coherence is
something people value highly in the project.

13/ What are your short-term and long-term plans with Ellende?

In a world focused on self optimization, careers and long term planning, Ellende
is the one thing I do purely because I enjoy it. I try to live in the present and
remain open to what may come. Life has taught me one thing very clearly: you
could be dead the next day.

14/ Which artists/bands are on your current playlist that you would like to
recommend to our readers?

Der Weg einer Freiheit, Kauan, Nekrodeus, Sunken, White Ward and Sandaru
Sathsara.

15 / Thank you for your time and your answers. The last words are yours!

Thanks and all the best.

Mary Motionless
Mary Motionless
25 Forever. Nergal est ma Tata, j'aime vadrouiller pour les concerts et voir les copains partout et me faire tatouer à fond!

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