Coldrain + Rev Noir + Noisemaker @Le Trabendo, Paris (26.11.2025)

Le Trabendo est déjà plein quand les lumières s’éteignent, le soir du 26 novembre 2025. Le public est présent pour voir NOISEMAKER accompagnés de Revnoir pour ouvrir le concert de coldrain. Photos et Live-Report par Aurélie Renault

NOISEMAKER lance la première onde. Le son surgit d’un coup avec LAST FOREVER, sans
préparation, comme si le concert avait commencé ailleurs et que la salle n’avait fait que rattraper le mouvement. La batterie impose une cadence nette, répétitive, presque mécanique. Les guitares tracent des lignes droites, sans fioriture. SADVENTURES et s’enchaînent sans respiration, installant un enchainement de notes constant, rapide, vibrant. NOISEMAKER fabrique une partition à base de MAJOR-MINOR, l’assemble pièce par pièce, jusqu’à ce que la salle entière devienne l’amplificateur de ses mélodies. Le Trabendo devient une foule compacte, réglée sur un même tempo dont ils sont le métronome.

Ils sont maîtres de ce vacarme qu’ils déclenchent et canalisent à la fois. Le chaos n’est jamais laissé en roue libre. Et pour sceller cette prise de contrôle, le groupe fait venir Masato sur scène. Le featuring n’a rien d’un clin d’oeil gratuit. Il est une manière de rappeler, dès le début, qui tient les rênes de ce début de soirée, et qu’ils sont un nom (NAME) dont il faudra se souvenir, surtout s’il est nouveau (SOMETHING NEW) à vos oreilles. NOISEMAKER nous aura appris ce que c’était que de vivre (TO LIVE IS) pleinement, dans un chaos pétillant et dansant.

Quand REVNOIR s’installe sur les premières notes d’INVINCIBLE, la dynamique change sans pour autant retomber. Le son s’élargit, devient plus sombre, plus technique, soutenu par des samples qui imposent un rythme auquel il est impossible de déroger. Les lumières se font précises, à l’instar de leurs sonorités. Là où NOISEMAKER poussait vers l’avant, incitait au mouvement, REVNOIR tire vers l’intérieur. Le chant tantôt chuchoté, tantôt larmoyant de REVENGE pousse à l’introspection. Les morceaux prennent plus de temps, s’étendent, insistent. La batterie frappe moins vite mais plus profondément. Les instruments laissent traîner les vibrations qui résonnent en nous, comme un SNAKE qui se fraie doucement un chemin. La salle ne bouge presque plus, mais absorbe tout. On ne traverse plus les morceaux, on s’y enferme. Ou plutôt, les morceaux entrent dans nos têtes, dans les limbes (IN LIMBO) de nos êtres avec la volonté d’y résider longtemps,
jusqu’à ce que l’on CREVE. Sans doute seront ils la nourriture pour nos rêves les plus noirs, pour notre prochaine NIGHT TERROR.

 

Puis coldrain arrive et, sans jamais briser ce qui précède, remet tout en ordre.
FREE FALL éclate et, immédiatement, quelque chose se verrouille. La chute est assumée,
collective. Le son s’élargit, gagne en puissance, mais reste parfaitement lisible. Chaque élément trouve sa place. La voix trace la direction sans surplomb, les guitares quadrillent l’espace avec une précision presque clinique, la rythmique tend les bras pour rattraper celles et ceux qui ont déjà sauté. Il n’y a plus de retour possible. On tombe ensemble, sans chercher le sol… qui n’est d’ailleurs plus accessible à nos pieds.

INCOMPLETE prolonge cette sensation d’équilibre instable, ce refus de la posture héroïque. Rien n’est présenté comme achevé, tout reste en tension. Le groupe avance, sûr de sa trajectoire. PARADISE entrouvre une respiration mélodique, un horizon fragile, aussitôt refermé par REVOLUTION, qui soulève le peuple du Trabendo, comme un seul bloc, prêt à tout renverser, à reprendre ce qui lui appartient. La salle scande les paroles comme des chants de manif, comme si certaines phrases attendaient d’être hurlées depuis bien trop longtemps. BLOODY POWER FAME cristallise ce moment précis où scène et public parlent le même langage, où les mots frappent autant que les riffs. HERE WITH YOU ralentit le temps, pose une main sur l’épaule, rappelle que la chute peut aussi se faire à deux. BOYS&GIRLS scelle l’identité du public : une foule faite de gens au grand coeur, réunis pour leur amour d’un groupe avec lequel ils ont grandi… et ce soir, les membres leur offre un miroir rétrospectif de cette adolescence. On aurait presque envie de dire, dans ce moment suspendu dans le temps : Let’s stay like this forever.

UNINVITED, CUT ME, RABBIT HOLE s’enchaînent sans rupture, portés par cette idée
persistante qu’il faut parfois se perdre pour comprendre où l’on se tient. Coldrain, de par ses paroles, est un groupe qui nous aide à prendre en maturité, à penser la vie autrement, et même si nous avons parfois envie de crier MAYDAY, nous savons qu’il y a toujours la possibilité de chasser l’obscurité (CHASING SHADOWS). Les musiciens, à l’image de leur discographie, construisent leur soirée, maintiennent le rythme, ajustent, comme une pluie froide qui ne s’abat pas d’un coup, mais s’installe, pénètre, finit par nous traverser pour finalement couler dans nos veines.

Sur la fin, OPTIMIZE resserre encore l’étreinte, appelle à se recalibrer au coeur du tumulte. GONE installe une atmosphère d’émotion, presque fragile, comme une accalmie trompeuse, avant que VENGEANCE ne vienne refermer la soirée avec une précision implacable. Rien n’est surjoué. Coldrain, a cela de particulier de s’imposer, non pas par la force, mais par une évidence : le calme, la justesse, la bonté… et cette douceur si familière, si rassurante. Et lorsque leur chaleur disparait de scène, le froid tombe d’un coup, net, définitif, comme une douche froide.

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