Northlane + Polaris + Silent Planet + Void Of Vision – Live au Gibus (23 Novembre 2019)

C’était une bien belle affiche qui se présentait dans la capitale ce samedi 23 novembre. Void Of Vision, Silent Planet, Polaris, et les géants de Northlane. Les pionniers australiens du metalcore djenty emmenaient avec eux 3 groupes aussi déterminés que talentueux et à l’aise sur scène pour une tournée mondiale, dans le but de présenter leur dernier album en date « Alien », qui a prouvé au monde que Northlane n’avait clairement pas fini de révolutionner la scène metalcore moderne. C’est d’ailleurs cet album qui m’a véritablement conquis et m’a fait devenir fan du groupe, j’étais terriblement impatient d’entendre les morceaux joués en live.

C’est le quatuor de Void Of Vision qui ouvre la soirée, et quelle ouverture. Comme le chanteur l’a signalé, le groupe était là en guise de « warm-up », et les jeunes australiens ont prouvé sans aucun doute possible qu’ils savent chauffer une salle. Du premier au dernier morceau, l’énergie n’est pas redescendue, que cela soit sur scène ou dans le public, le chanteur sautant et haranguant la foule sans cesse. J’avais déjà vu le groupe quelques années auparavant, et leur show était déjà bien travaillé et redoutablement efficace, mais cette fois, le quatuor n’avait vraiment plus rien à prouver, et aurait même mérité un temps de set plus long. Laissant de côtés leurs anciennes compos assez « street », le groupe a présenté son dernier album « Hyperdaze » ainsi que quelques morceaux de son EP précédent, « Disturbia », enchaînant banger sur banger. Des riffs et une rythmique bouncy faisant sauter tout le public du Gibus, le tout entrecoupé de grosses moshparts et side-to-side bien sentis nous laissant nous défouler, il fallait franchement faire gaffe à ses dents. J’ai rarement vu un groupe chauffer aussi rapidement et aussi bien un public en ouverture de concert. Evidemment la performance n’était pas parfaite et il y avait à mon avis quelques petits bémols, comme l’absence de bassiste (même si le backing track de basse sortant des enceintes était bien mixé et se mélangeait bien à l’ensemble musical, il est dommage de ne pas avoir de bassiste pour ce genre de musique très terre à terre), quelques lignes de chant clair légèrement fausses lorsque le guitariste chantait, et peut être des morceaux un peu trop redondants en terme de rythmiques et de sonorités. Mais ce ne sont que des défauts mineurs qui n’entachent pas la performance du groupe.

Setlist : Year Of The Rat, Hole In Me, Babylon, Grey Area, If Only, Splinter, Kill All My Friends, Ghost In The Machine

 

Suite à cela passent les seuls Américains de l’affiche, les californiens de Silent Planet. J’avais beaucoup d’attentes par rapport à ce groupe qui met la barre très haut en terme de songwriting et de performance vocale, et qui est à mon sens l’un des groupes les plus originaux de la scène actuellement. Et franchement, ça me fait mal de le dire, mais j’ai été terriblement déçu de leur performance. Le groupe monte sur scène, les membres font un sound check de quelques minutes pour vérifier que tout fonctionne correctement, et commencent le concert immédiatement. Pas de présentation, pas d’intro, pas de lights particulières, aucun effet de surprise ou d’intro, juste un simple bonjour de la part du chanteur, et le morceau commence. Pour un groupe de hardcore rentre dedans, ça ne m’aurait pas posé problème au contraire, mais là, ça faisait vraiment tâche. Et franchement, le concert est resté à cette image tout du long. Les membres n’étaient juste pas dedans pendant au moins deux tiers du concert. Ils n’avaient pas vraiment l’air d’être à fond dans leur performance, le son n’était pas bien égalisé et les backing tracks d’ambiance n’étaient clairement pas assez forts (cela n’est pas de leur faute je le conçois), le bassiste arrivait à atteindre les notes (certes très hautes) lorsqu’il chantait sur les refrains mais ne pouvait pas les tenir et devenait faux, et ses interventions cassaient la dynamique des morceaux (crier « let’s go » avec une voix de fausset pendant un silence pesant avant un énorme breakdown, j’ai trouvé ça vraiment à coté de la plaque), mais ça n’était pas le pire. Pour moi le pire restait la performance de Garett Russell, le chanteur. Quand j’écoutais Silent Planet, je trouvais sa maîtrise vocale incroyable, allant de pair avec l’émotion, l’intensité et le flow qu’il mettait dans sa voix, c’était pour moi le plus gros atout du groupe. Et en live, je n’ai trouvé rien de tout ça. C’était pour moi réellement en deçà des enregistrements studio. Le frontman déclamait ses textes de façon théâtrale et grandiloquente, ce que j’ai trouvé assez ridicule et pas du tout représentatif de l’émotion retransmise sur les albums. Il n’avait pas le flow et l’énergie des enregistrements, il ne screamait même pas la moitié de ses lignes et se contentait de parler la plupart du temps, en regardant dans le vide, c’était vraiment étrange. Par contre, les musiciens avaient un gros son, ça jouait vraiment carré (surtout le batteur), et lorsque Garett screamait, c’était vraiment parfait, ses screams et ses growls étaient puissants et en tous points similaires aux enregistrements. Mais ces moments-là ne représentaient que le tiers du concert, ce qui à mon sens ne suffit pas du tout à faire une bonne performance. De plus, j’ai trouvé la setlist vraiment étrange également. Sur l’album, les morceaux se coupent assez brutalement et s’enchaînent de façon cohérente et voulue, mais en live, le groupe ne joue pas des albums en entier ni même des morceaux qui se suivent, ce qui fait que quasiment tous les morceaux donnent l’impression d’avoir été arrêtés brutalement en plein milieu, et on reste sur sa faim. Ceci dit, j’ai appris que le groupe avait décidé de se retirer de la tournée quelques jours après cette date, car le frontman était atteint de troubles mentaux et le groupe a préféré se retirer de la tournée pour assurer la pérénité de ses membres (https://lambgoat.com/news/32398/Silent-Planet-vocalist-to-enter-mental-health-facility). C’est une décision très difficile à prendre et très honorable de leur part. N’ayant aucune connaissance sur la nature des troubles dont Garett est atteint et ne sachant pas quels effets ils peuvent provoquer, je ne vais pas lier ces troubles à la performance du groupe. Je lui souhaite de tout cœur d’aller mieux et de pouvoir être plus à l’aise avec son esprit et sa santé mentale, et Silent Planet ont tout mon soutien pour surmonter cette épreuve.

Setlist : The New Eternity, Orphan, Panic Room, XX(City Grave), Native Blood, Afterdursk, Depths II

 

Précédants Northlane, ce sont les cadors de Polaris qui montent sur scène. Même si je n’arrive pas particulièrement à rentrer dans leur recette, je les ai vus en live 3 fois, sur des main stage de festival, de l’Olympia, ou des petites salles comme le Gibus, et force est de constater que le groupe sait investir une scène et s’y sentir comme chez lui, peu importe la superficie et la capacité de la salle. Un jeu, un son et une scénographie au top, la foule est en délire, le frontman sait entretenir un public, les lignes de chant clair des autres musiciens sont correctement assurées et plutôt justes dans l’ensemble, les growls et les breaks sont lourds et ça tient sur la durée en terme d’énergie scénique, vraiment rien à redire. Après, je trouve que ce groupe est beaucoup trop redondant musicalement, mais objectivement c’est un très bon groupe live, vraiment taillé pour la scène.

Setlist : Casualty, The Remedy, Crooked Path, Regress, Masochist, Hypermania, Consume, Lucid

 

C’est finalement au tour des géants de Northlane d’investir le Gibus. Et dès les premières notes de Details Matter, c’est un Gibus plein à craquer qui se met à hurler et à mosher comme jamais. Il n’y a pas un endroit dans la salle où l’on ne peut pas se faire bousculer ou entendre des fans hurler les lyrics, et ce pendant tout le concert. Je n’ai quasiment jamais vu une énergie comme ça au Gibus, c’était tout bonnement incroyable. Le son était lourd (les musiciens jouant sur des énormes amplis à lampe Fender) et parfaitement égalisé, le jeu des musiciens aussi et surtout le chant de Marcus Bridge qui était tenu à la perfection de A à Z. Le bassiste nous a également régalé de screams extrêmement bien maîtrisés, ainsi que de nombreuses et plaisantes interactions avec la foule. Du côté des musiciens, le jeu était parfait, et la scénographie était au top, ainsi que les costumes scéniques (une esthétique techwear correspondant parfaitement à l’ambiance du dernier album). Des lights totalement raccords et parfaitement calées avec la musique, aussi planantes et belles qu’énergiques, donnant vraiment l’impression d’être dans une sorte de boite de nuit futuriste mélangeant metal, électro, et synthwave, le tout avec Northlane sur scène et des centaines de personnes déchaînées scandant tous les lyrics de presque tous les morceaux. Une setlist savamment étudiée, les morceaux de Alien s’enchaînent bien, avec quelques moments de pause pour respirer, terminant son set sur un magnifique « Sleepless ». Le groupe a surtout joué des morceaux de ses 3 derniers albums, avec un petit Quantum Flux en rappel en souvenir du bon vieux temps, et j’avoue avoir été un peu frustré de ne pas entendre un petit Genesis/Scarab ou un Corruption/Dispossession, mais le live était déjà si parfait que je ne m’en plaindrait pas.

Setlist : Talking Heads, Intuition, Details Matter, Jinn, Rot, Citizen, 4D, Freefall, Obelisk, Vultures, Eclispe, Bloodline, Sleepless, Quantum Flux

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