Entretien avec Dellco et Solen de La Chambre 23

Mary : Hello, déjà, pour commencer, pourriez vous présenter le shop, « la chambre 23 », d’où vient le nom, comment le shop a été crée ?

Dellco: Ah oui, deux questions bien différentes…
Déjà le nom a changé récemment, avant ça s’appelait Dellco Tattoo, qui est mon nom d’artiste, Dellco est la dénomination de mon nom de famille Dell’amico, jusque là, normal, car quand j’ai ouvert il y a un an et demi, tout s’est fait dans le speed donc je n’avais pas forcement envie de mettre mon nom sur la boutique mais c’était le truc le plus simple à faire, dans la précipitation, donc je suis parti là-dessus mais toujours dans l’idée qu’un jour je le changerait et du coup, depuis que Solen m’a rejoint, c’était le moment opportun pour se dire « allez, on change », et on met un nom pour la boutique. Donc à partir de là, j’avais cette petite idée de « la chambre 23 », qui est une référence à la série Lost (rires), désolé de t’en déplaire, et dans Lost c’est une référence à Shining et Orange Mécanique, donc c’est plusieurs références en une et c’est une chambre un peu de torture, comme dans Orange Mécanique où la personne et attachée sur un siège, elle prend plein d’images dans la gueule, du son très fort et tout. Comme moi dans l’absolu, le rêve que j’ai dans ma boutique c’est de faire plein de choses, pouvoir peindre des figurines, faire du montage sur PC, pouvoir faire ce que je veux et quand j’en ai envie, que ce ne soit pas juste un local de tatouage mais un local où je fait ce que je veux…

Mary : En gros, un atelier d’artiste…

Dellco: Un atelier de bordel, et du coup ça me rappelait cette image là du mec qui est assis et prend plein d’images et de son dans la gueule, donc ça vient de cette référence là.

Mary : Du coup Solen, toi tu es arrivée il n’y a pas longtemps, peux tu nous résumer ton parcours en tant que tatoueuse et artiste, tout simplement ?

Solen : J’ai fait deux écoles à Nantes, une école de technicien de secteur marketing, c’est un grand nom pour pas grand chose en fait, en gros c’est pour faire de la publicité (rires), et sinon j’ai fait de l’illustration après et par la suite j’ai atterrie sur Angoulême, de fil en aiguille dans la bande dessinée et l’illustration. En fait, j’ai essayé de faire de la BD, et c’est vraiment, vraiment plus compliqué que ce que je croyais, il fallait s’accrocher vraiment fort et j’ai pas eu financièrement les reins assez solides pour encaisser ça. Du coup j’étais serveuse et, de fil en aiguille à force de rencontrer des gens dans les bars, comme ils savaient que je dessinais, en fait je leur préparais les dessins, puis au bout de 10, 15, 20 je me suis dit « mais attend, je vais le faire moi-même quoi ! ». Je me suis dit que j’allais piquer toute seule, puis en fait, j’ai rencontré quelques tatoueurs qui m’ont guidé un peu, surtout un sur La Rochelle, donc…

Dellco : Tu as commencée depuis combien de temps du coup ?

Solen : Et bien j’ai commencée, j’étais enceinte d’Alix qui vient d’avoir 6 ans, donc ça fait presque 7 ans, c’est fou comme le temps passe vite (rires). J’étais enceinte de deux mois, je me suis servie de mon congés mat’, au lieu de ne rien faire chez moi et d’attendre que ça gonfle (rires) et bien j’ai bossé. Comme ça quand j’ai accouchée j’étais prête.

Mary : Et toi du coup, ton parcours Paolo ?

Dellco : C’était il y a fort longtemps, je n’avais pas encore 17 ans, donc tu vois, ça fait 13/14 ans quoi, j’ai l’habitude quand on me demande de dire 12 ans, j’ai toujours ce chiffre là en tête mais ça c’est pareil, ça avance donc du coup le chiffre il augmente, donc voilà… (rires)

Solen : Ca me fait cette impression aussi, à chaque fois je dis que ça fait six ans, et là je viens de me rendre compte en fait que ça fait 7 ans… je me dis « oh merde »…

Dellco : Et oui c’est ça, mine de rien le temps avance et les histoires il faut qu’elles changent (rires). Et du coup, après le collège… enfin au collège déjà je ne foutais plus rien, e 3ème je n’y allais quasiment plus, je n’ai pas passé le brevet des collèges tout ça… Donc après je ne faisais pas grand-chose, j’avais 16 ans, mon père se faisait tatouer chez Charly du coup et puis il m’a dit « au lieu de dessiner chez toi et ne rien foutre, viens donc avec moi, on verra ce qu’on va faire de toi ». J’y suis allé vraiment sans apriori et sans trop me poser de questions, et mode « ouais, vas-y, on verra » et du coup je suis resté 2/3 jours au début à dessiner là bas et au final, j’y suis resté quasiment 3 ans et voilà, j’ai appris avec lui, tout s’est fait naturellement alors qu’à la base je connaissais le tatouage comme tout le monde, je suis donc tombé dedans malencontreusement, tant mieux. Après j’ai du laisser un peu de côté puisque j’ai eu ma fille et j’ai du prendre mes responsabilités, j’avais 19 ans, je tatouais déjà pas beaucoup, c’était un peu sinueux, je ne me sentait pas de tenter l’aventure tout de suite, il me fallait des thunes et être stable tout de suite, et en plus à l’époque c’était beaucoup plus dur, rien que les réglages de la machine, il n’y avais pas de rotative, la lime c’était le vieux truc d’SVT là, donc tout à l’oreille, je galérais, quand je n’y arrivais pas chez moi et que j’allais demander à Charly, il essayait de m’expliquer, mais quand on testait à la boutique ça se passait bien, on arrivait pas trop à cerner tous les problèmes que je pouvais avoir, donc c’était un peu long et sinueux et du coup quand j’ai eu ma fille je me suis dit « hop on met ça de côté et on va essayer d’avoir un travail ». Donc je me suis retrouvé dans l’animation, et pendant 4 ans j’ai eu un contrat, je me suis diplômé pour essayer d’avoir un matelas solide, et dès le premier jour de mon contrat, je leur ai expliqué que mon but, c’était à la fin de profiter du chômage pour faire la formation hygiène, de retourner là dedans quoi.
Donc voilà j’ai fait tout ça et puis après une fois terminé, je me suis relancé au début chez moi, t’étais venue, et puis par la suite, la boutique c’était une opportunité que j’ai prise, tout simplement.

Mary : Du coup, maintenant on va parler aussi tatouage pour tous les deux, comment définissez-vous votre style de tatouage ?

Dellco : Souvent je dis que je n’ai pas vraiment de style, mais plus un univers, avec un humour assez absurde. Certes il y a des choses que je préfère, ce que j’aime le plus c’est le cartoon et le blackwork, j’aime beaucoup les mélanger, après ça dépend, j’aime bien de temps en temps travailler en ombrages, aussi bien que travailler de la couleur, niveau style oui, c’est plus du cartoon et du blackwork, on va dire que c’est plus un univers qui se dégage plus qu’un style.

Solen : Je n’ai pas eu le temps de réfléchir (rires)… moi c’est un peu bâtard, car c’est vraiment un mélange de choses aussi. C’est-à-dire que je pioche un peu partout pour faire un truc à ma sauce quoi… comme ça m’arrange. J’aime bien tout ce qui est fleuri, j’aime bien l’artiste Mucha, j’aime bien Clint et j’aime quand c’est aussi bien dark, même si pour l’instant ce que je fais n’est pas très dark, mais j’aime bien des touches assombries dans mes travaux et en fait ce qui est marrant c’est qu’avant de rencontrer Paolo, mes tatouages je ne les voyais qu’en noir et gris systématiquement et par contre, quand je prend mes tableaux, mes peintures, mes illustrations, je n’ai jamais mis de noir dedans, je faisait en fait un mélange de couleurs.

Dellco : En fait, quand Angel m’avais envoyé un message pour me la présenter, je suis allé voir ce qu’elle faisait. Sur sa page je voyais ses tattoos, très propres, là rien à redire, mais je ne voyait pas forcement, justement un univers se détacher ou un style en particulier ou quoi, donc je lui ai dit « vas-y, emmènes la, on verra bien », mais en tout cas c’était propre, donc « ok à voir ». Puis quand elle est venue elle a emmené son book, et effectivement c’est comme elle dit, j’ai tout de suite vu son côté art nouveau, et elle me disait justement qu’elle ne se voyait pas forcement tatouer de la couleur, alors que c’est ce qu’elle aime dessiner à fond, alors du coup là, elle s’y met plus sérieusement, plus intensément. Du coup son style se révèle.

Solen : En fait j’ai montré mes illustrations sans aucune touche de noir, mes tattoos sans aucune touche de couleur et il m’a dit « pourquoi tu ne mélanges pas les deux ? », ah ouais, je n’y avais jamais pensé. Bizarrement, parfois on est tellement dans le confort de ce qu’on sait faire et de ce qu’on aime, qu’on ne se dit même pas « tiens, en si je tentais de mélanger deux trucs que j’aime ! ».

Dellco: Du coup maintenant, quand je note son style quelque part, je mets « art nouveau, blackwork », pour catégoriser un peu, même si c’est comme moi tu vois, ce n’est pas…

Solen : Ouais, en fait c’est vachement difficile de se définir dans un style vraiment, parce que je ne cherche pas à coller sur un style en particulier. Bon but c’est de faire ce que j’aime, c’est vraiment compliqué à définir.

Mary : Je pense que vous avez à moitié répondu à cette question précédemment, à savoir qu’es-ce qui vous inspire pour vos œuvres, vos flashs, d’où viennent vos inspirations ?

Dellco : Moi mon inspiration, c’est souvent des blagues au final, quand je dessine des flashs, soit en feuilletant internet je vois un truc qui me donne une idée, sinon souvent quand je dessine des flashs, c’est une blague qui a été sortie soit par moi, soit par un pote et puis je me dis « ah, ça il faut que je le dessine ! » (rires) voilà.

Solen : Je pense que c’est aussi nos vies qui nous inspirent, moi je m’inspire des images que j’ai dans la tête pour mes flashs. Tu dessines, tu dessines et puis tu te dis « ah, tiens celui là, je le sens bien je vais le faire plus propre », en fait c’est tout bête.

Mary : Question enquiquineuse car je sais très bien que vous ne pourrez pas citer tout le monde (rires), quels sont vos tatoueurs ou artistes illustrateurs favoris ?

Solen : Ah c’est dur ça ! Attend, je prend mon téléphone car moi et la mémoire des noms, c’est pas ça hein… (rires). Perso j’aime bien les peintres classiques, même si ce que je peux en ressortir ne ressemble pas forcement à ce que je vois, j’ai grandi avec ces œuvres là, déjà ma mère est restauratrice d’objets d’art, donc depuis ma naissance j’ai toujours baigné dans des bouquins de Michel-Ange, Leonard De Vinci, tout ça, enfin des méga grands classiques et puis d’autres parfois moins classiques, moi la peinture ça m’inspire vachement en fait.

Dellco : Moi j’adore Cack Handed Kid de Newcastle, et si je dois en citer un Français, j’aime beaucoup Aurélio qui a dessiné notamment les pochettes d’albums pour Charly Fiasco qui fait de la BD, et qui tatoue à Toulouse. Du coup il y en a toute une pelletée.

Solen : Oui, parce que des tatoueurs de talent, des illustrateurs et graveurs, y’en a vachement !

Dellco : Et puis ce qui inspire, c’est justement plein de styles différents…

Solen : En fait c’est le mélange de tout ça qu’on se prend dans la figure et on en fait notre propre condensé, notre façon de voir la chose, c’est tout un tas d’artistes florissants et d’autant plus depuis qu’il y a internet, instagram tout ça, ça fleurit tellement.

Dellco : D’autant qu’il n’y a pas que les tatoueurs qui inspirent ni les illustrateurs, même la musique…

Mary : Justement, parlons musique, Paolo, étant aussi musicien, comment réussis tu à associer musique et tatouage ?

Dellco : Pour l’instant, je n’ai pas vraiment ce souci là puisque on a refait un groupe et qu’il tarde à se lancer et qu’on cherche toujours un chanteur. On n’est pas encore dans ce truc des tournées et tout ça, donc après, je suis à mon compte, je suis dans mon shop, c’est aussi un petit peu pour ça que j’ai fait les choses comme ça. Quand on m’a proposé des postes dans des boutiques, c’était aussi pour ça que je refusais, parce que je voulais être libre et j’imaginais bien qu’avec un groupe, pour s’organiser c’était plus simple si je me gérais tout seul. Donc pour l’instant je n’ai pas encore ce souci puisque l’ancien groupe que j’avais, quand on tournait, je n’étais pas encore en shop. Au final, ça s’organise facilement parce que les semaines de tournée, c’est une semaine par ci, par là, des dates certains week end donc on s’organise facilement.

Mary : Pour parler du tatouage dans le monde de la musique, je sais qu’il y a certains musiciens extrêmement tatoués ou même tatoueurs, je constate que les gens y apportent une grande importance généralement, tu vois ça comment de ton côté, l’impact du tatouage dans la musique ? Quand les gens viennent te demander « hey, je veux le même tatouage que cette personne car je suis fan de cet artiste ! » ?

Dellco : Genre « Je voudrais le portrait de quelqu’un »…

Mary : Ca c’est encore un autre cas particulier, j’allais le dire d’ailleurs (rires), mais moi-même étant fan de musique, je trouve que ça se démocratise de plus en plus.

Dellco : Ca a toujours été en fait, étant donné qu’il y a de plus en plus de tatoueurs, forcement on voit de plus en plus de gens qui se font tatouer en corrélation avec la musique, puis la musique c’est surtout une passion, qu’on en fasse ou qu’on en fasse pas, c’est quelque chose qu’on partage tous. La musique, on est pas obligé de savoir la parler pour la comprendre, c’est la seule langue universelle, donc forcement il y a plein de gens qui se font tatouer par rapport à des groupes et de la musique, parce que ça les fait vibrer.

Mary : Hier j’ai regardé un documentaire sur Lil Peep, un jeune homme de 21 ans mort d’une overdose en 2017, on s’est rendu compte que de plus en plus de jeunes se tatouent en priorité des zones qui sont extrêmement visibles, comme le visage, les mains, le cou. Lil Peep, à 16 ans, il avait déjà les mains tatouées je crois, voir même plus tôt que ça, et on a comparé avec toutes les personnes qui apparaissaient dans le documentaire, ils avaient quasiment tous le visage tatoué.
Es-ce que tant que tatoueur, ça vous effraie un peu, d’avoir des jeunes voir très jeunes arriver en mode « voilà, moi je voudrais un tatouage sur le visage » à 15 ou 16 ans… ?

Solen : Alors moi, personnellement, je ne tatoue pas les mineurs, ensuite tout ce qui est partie visible alors que tu es aussi jeune que ça… heu non ! Enfin, tu reviendras quand tu auras une situation parce que ça va te bousiller ta vie ! Après, va voir d’autres tatoueurs, enfin il y en a d’autres, c’est pas le problème. Mais moi je préfère leur dire parce qu’on m’a déjà demandé… que ce soit le cou, le visage, les mains : NON !
Et après je le fais que si vraiment je vois que la personne est bien tatouée de partout, que c’est son univers… Tu ne tatoue pas les personnes sur le visage, les mains, le cou en premier. Moi-même je me suis fait tatouer d’abord des parties non visibles, pour me remplir petit à petit, parce j’estime que l’esprit du tatouage, c’est particulier. Avant, les gens y mettaient leur vécu, leur ressenti, les impacts des choses sur eux et en fait de plus en plus, les jeunes se servent de ça pour dire « Ouais moi, fais attention, j’suis un rebelle ! »… Hey mec, redescend, tu as 15 ans mon gars… enfin ! Quand tu auras 30 ans et que tu poseras tes « trucs » sur la table, ça sera différent, mais…

Dellco : Moi j’en pense qu’on était tous plus ou moins teubé à 15 ans…

Solen : Oui, plus ou moins, mais attends, moi à 15 ans tous les jours au crayon je me faisais le même tatouage, un dragon sur le ventre, tous les jours je me le dessinais, mais es-ce que je me le suis fait ? Non… Je me le dessinais aussi sur le bras.

Dellco : Et ça évolue, forcément, avec le temps…

Solen : Après c’est aussi à la responsabilité du tatoueur, d’accepter ou refuser…

Dellco : Bien évidemment, voilà, moi il n’y a pas si longtemps, un jeune est venu me voir, il était pas mineur, mais bon il devais avoir 19 ans ou peut être 20, il n’était pas tatoué et il en voulait un sur le visage… Parce qu’il est dans l’évènementiel machin… Ouais mais même… enfin, je lui ai dit « Mais moi, je ne te le fait pas, on ne commence pas par ça, c’est mort, si tu veux aller voir d’autres tatoueurs, vas-y… », Je pense qu’on sera tous plus ou moins catégorique là-dessus.

Solen : Pas si jeune ! Tu vois, même les bras, c’est bien les bras ?

Dellco : Puis comme tu dis, ce sont des parties visibles parce que c’est le culte de l’apparence, et que du coup, avant, les gens se cachaient les tatouages et donc comme ça faisait taulard, militaire ou marin, c’était caché…

Solen : Ah oui, dans ma famille on en avait, c’était un commerçant marin, il s’était fait un tatouage sur le bras mais c’était caché quoi…

Dellco : UN PIRATE (rires)…
Et maintenant tu vois des personnes qui enlèvent leur T-shirt et qui ont les bras, la gorge, les mains, le visage tatoué… puis ils ont le torse et le dos tout vierge…

Solen : Perso je trouve ça dégueulasse, enfin ce n’est que mon avis personnel…

Dellco: Moi c’est le cas mais c’est parce que j’ai peur (rires)… Je n’ai pas énormément de trucs sur le torse…

Solen : Moi j’en ai un peu partout sur le torse, les bras etc… mais je les fais pour moi et uniquement pour moi, pour encrer les moments clefs de ma vie quoi… ou pour me donner de la force concernant des moments où justement je n’ai pas eu la force, ou pour valoriser mes efforts, pour me dire « Tu vois, Solen, tu as réussi, tu as droit à ce dessin qui va te rappeler : tu as fait ça quoi ».

Mary : En gros, c’est ce que beaucoup de gens appellent la « tattoo thérapie » par exemple. Perso je le vois comme ça, par rapport à moi, le tattoo c’est ma thérapie. Je sais que pour beaucoup de filles et aussi beaucoup de mecs, ça aide vachement à assumer son corps, tout simplement.

Solen : Oui, son corps et qui on est, nos convictions, même nos vécus parce que parfois on a des vécus qui ont pu être super violents et super compliqués à gérer… Et ça permet justement, de marquer une étape et de se dire « bon, voilà, cette étape elle est franchie, on passe à autre chose maintenant !», ça peux être une vraie aide, je le vois aussi souvent quand on vient me voir pour faire des tatouages concernant un deuil, c’est quelque chose de très fréquent, je trouve ça chouette quoi.

Dellco : Ouais, c’est toujours passionnant de participer à des projets qui ont un sens et une valeur, ça fait toujours plaisir. Après, moi comme je disais, ça ne me dérange pas que de plus en plus, maintenant, les gens se font tatouer des œuvres parce qu’ils aiment un artiste…

Solen : Ca c’est chouette aussi de faire ça, il ne faut pas trop se prendre au sérieux non plus, il ne faut pas non plus partir dans n’importe quoi… Un jour, ma sœur m’a montré un rappeur, le gamin il avais la tête tatouée, il était tout jeune quoi… sur tatouée, je me suis dit WOOOOOW !

Mary : Après je sais que ta sœur écoute des trucs bizarres donc bon (rires)…

Solen : Ca c’est sur, je ne pourrais même pas te dire ce qu’ils font (rires).

Mary : C’est vrai que maintenant, nous on s’en ai rendu compte hier soir en regardant le documentaire sur Netflix, tous ces jeunes qui sont dans une culture très… Enfin ils sont très influencés aussi bien metal que hip-hop, ils se font tatouer très jeunes et des parties très visibles. Reparlons de Lil Peep par exemple, il avait le A de l’anarchie tatoué sur la joue, enfin, tu te dis mais… pourquoi il avait Cry Baby au dessus du sourcil, enfin Mec, tu as à peine 21 ans… ok tu vois, ce que tu fais ça marche, mais pour combien de temps ? Forcément, c’est encré dans la culture américaine…

Dellco : Tout ce qu’on peut faire c’est de juste garder nos valeurs, justement ne pas tatouer des jeunes, à faire n’importe quoi, en gros, ne pas participer à ça, mais après, ceux qui le font, c’est leur choix.

Solen : Oui c’est ça, tant qu’ils le font de leur côté et que ça ne m’oblige pas à le faire, ça me va, et tant que je peux propager mes idées… Voilà, si je n’ai pas envie de ta tatouer la main, t’as 17 ans, bon, dans tous les cas, je ne tatoue personne de 17 ans… Si tu veux, reviens l’année prochaine, je te fais un truc sur le bras mais…
Bon, il y aura toujours des tatoueurs pour le faire…

Mary : Oui, bien sur, après il y aura toujours n’importe quel mec, juste pour de la thune, qui sera capable de le faire de toute façon… C’est le problème aussi du monde du tattoo…
Pour terminer, quels sont vos projets pour la suite, à part continuer le tattoo au shop… comme faire quelques guests, des conventions…

Dellco: Pour l’instant c’est un peu compliqué, parce que dans le contexte actuel on ne sait pas trop… Déjà je devais faire la convention de Saintes, leur première, qui a été annulée… Après moi je commence tout juste à mettre le nez un peu dehors, essayer d’aller voir un peu ailleurs, étant assez réservé, parfois j’ai un peu du mal à me lancer mais je commence tranquillement, je suis allé à Besançon et je compte y retourner, j’espère que Solen aussi pourra y aller. Voilà, on essaie de chopper des contacts à droite, à gauche, je vais essayer de faire quelques guests l’année prochaine, ce serait pas mal, déjà 2/3, pour sortir de ma coquille, m’affirmer un peu plus.

Solen : Moi de mon côté, je n’ai pas encore pu le faire, parce qu’en fait j’étais toute seule avec deux enfants en bas âge, donc c’était super compliqué. Déjà avant j’avais un atelier privé, ce qui me permettait au tout début, de m’occuper de mon nourrisson et de ma fille de deux ans, donc ça m’a permis de gérer les deux. En fait je faisais mes tétées et clac, je mettais le gamin au lit et j’allais faire mon tatouage pendant sa sieste, puis je remontais faire une tétée, enfin c’était un peu sportif (rires). Après j’ai quand même eu beaucoup de chance car tous les deux ont toujours été super mignons et même quand ils commençaient à grandir, je les mettais dans la chambre et moi je tatouais en dessous, donc j’entendais ce qui se passait, et il n’y a jamais eu une seule dispute, et pourtant les deux sont des excités. Quand je tatouais, ils ont toujours super respecté mon travail, j’ai jamais eu de disputes, de hurlements, de bagarre, et du coup maintenant, aujourd’hui, je me suis rapproché du père des enfants pour faire une garde alternée, pour commencer à m’épanouir en tant que tatoueuse.

Mary : Je sais que c’est une question bateau, mais quel est votre tatouage préféré sur vous ?

Dellco: Moi je les affectionne tous ! Je n’ai pas de préféré, après il y a certains tatouages qui m’ont libéré, comme mon tatouage à la gorge, qui m’a aidé à m’affirmer dans un sens, un peu comme les mains, en fait ça m’a débloqué. J’aime aussi celui que j’ai sur le torse, parce que je suis bien charnu, et maintenant quand je me mets torse nu ça ne me dérange pas, je m’accepte mieux, je suis plus à l’aise. Mais sinon ce n’est pas vraiment le tatouage en lui-même… En fait que ne l’ai pas fait pour forcement m’aider à m’accepter, mais force est de constater que ça m’a libéré, j’aime aussi celui que Solen a fait sur moi, bien sûr.

Solen : Moi je ne sais pas, j’aime beaucoup celui de Camille, mon petit « coqui’ magique », j’aime bien aussi ma guerrière Freya, en fait je les aime bien tous aussi, car ils représentent tous quelque chose de fort, ils ont tous une signification importante pour moi, mais s’il ne fallait en choisir qu’un, je dirais ma « coqui’ magique » (rires) et ma Freya en deuxième…

Mary : Et qui t’a tatoué ta Freya du coup ?

Solen : C’est moi-même (rires)

Dellco : Et Solen qui se la pète « Oh j’adore celui-ci ! » (rires).

Mary : Franchement, honnêtement je le trouve super beau !

Solen : Merci, après il n’est pas fini, je suis en train de le continuer, parce que mine de rien j’ai 3 hernies discales et pour le coup, pour me tatouer le tibia ce n’est pas toujours facile… En général je commence à me tatouer et je me dis « Bon bah, je vais voir si du côté des enfants, tout va bien » (rires), plie en deux.

Mary : Du coup, je vous laisse le mot de la fin…

Solen : J’adooore mon tatouage ! (rires)

Dellco : Et moi j’adoooore le tatouage, c’est chouette ! (rires)

Solen : Je pense qu’on est plus que des tatoueurs, on est des artistes, regardes toi Paolo tu fais tes petites figurines, moi je commence à décorer des poupées, des poupées toute en longueur, toute fines, style poupée russe BJD, là je vais commencer à les peindre, j’en fais aussi des tableaux, on ne fait pas juste des tatouages, de la décoration d’êtres humains quoi…

Dellco : Quand je lui ai parlé justement, je lui disais le nom de la boutique et ce que ça me faisait penser, ça lui a parlé parce que justement, c’est le fait de faire plein de choses, pas que du tatouage mais de l’art en fait, d’exprimer ce que l’on a envie d’exprimer…

Solen : De tenter plein de truc, et puis le fait de se retrouver aussi à plusieurs personnes, c’est l’occasion d’apprendre ou faire découvrir de nouvelles techniques, des trucs qu’on aime. Moi je n’aurais jamais osé aller vers les figurines Warhammer, alors que pourtant j’ai connu ça autour de moi, mais n’aurais jamais osé sans te rencontrer Paolo. Parce que je t’ai vu en parler en vrai, les construire et tout, je me suis dit « Ah ouais, c’est trop cool, ça me donne trop envie ! », et après j’ai vu les poupées je me suis dit « Oh je vais faire la même chose sur les grandes ! ».

Mary : Il me reste à vous dire merci et vous souhaiter le meilleur épanouissement possible dans votre art !

Solen et Dellco : Merci beaucoup à toi, c’était bien cool !

Mary Motionless

28 ans. Passionnée de musique, de photographie et de modifications corporelles.

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