Anti-Flag : 20/20 Vision

Ce confinement nous fait faire des choses folles comme se raser la tête pour certain/es, ranger huit fois son appart’, ou chroniquer un album pour la première fois par exemple.

Pour commencer cet exercice j’ai choisi un groupe qui me bottait bien: Anti-Flag. Leurs sons bercent mes journées, mes trajets, mes weekends, enfin « berçaient » vu que maintenant on ne sort plus, et ils ont sorti en janvier un dernier album nommé « 20/20 Vision » que je me suis empressée d’écouter. Quasiment quatre mois après j’ai dû m’y replonger pour écrire cette chronique. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous. 

Oui je dis « replonger » car je l’avais oublié, archivé dans ma mémoire comme quand on dit « ok, ça c’est fait. Thank you, next. ». Ce n’est pas un album marquant, pas un classique, même si quelques titres restent en tête, et ce n’est sûrement pas leur plus belle réussite. 

J’ai été emballée par le design de l’album (et la communication sur ce dernier): réalisé par Doug Dean, qui a aussi signé des covers pour Sleeping With Sirens ou Good Charlotte, et qui avait déjà travaillé avec le groupe par le passé. On retrouve l’esthétique des collages punks originels: un portrait de Donald Trump barré de deux grosses croix rouges en pochoir, non sans rappeler le fameux visuel de « God Save The Queen » des Sex Pistols. Pour ce qui est de la couleur on reste dans le rouge, le blanc, le noir, couleurs qui se marient très bien avec l’anti-fascisme prôné par le groupe, et bien explicité dans cet album.

         

 

Parlons un peu de Donald Trump que l’on retrouve sur les premières mesures de l’album avec un extrait d’une de ses allocutions, (à Fayetteville en Caroline du Nord si mes recherches sont correctes) ouvrant le bal sur une légitimation des violences contre ses opposants. S’ensuivent 2 minutes 47 de dystopie énervée grâce à « Hate Conquers All » (la haine triomphe de tout) qui, je trouve, est une bonne façon d’ouvrir cet album. Ce morceau fait partie de mes préférés avec un petit côté « screamo » et un refrain qui martèle bien. 

Extrémisme religieux, fascisme, politique de l’administration Trump (c’est d’ailleurs la première fois qu’ils visent clairement une personnalité politique) tout le monde en prend pour son grade au fil de l’écoute de ce douzième opus d’un des groupes punk mainstream le plus engagé des Etats-Unis. Parce que oui, on ne va pas se voiler la face, Anti-Flag est un nom récurrent dans les gros bonnets du punk américain, avec des sons travaillés mais souvent trop propres, une communication à grande échelle, une tournée des gros festivals, on est loin du DIY évoqué par la pochette de l’album. Anyway, même si les paroles sont pessimistes, et que ce n’est pas l’album de la décennie, c’est un album qui fait plaisir à écouter car la dynamique sonore est plutôt entrainante. 

Je vous ai déjà parlé de mon incapacité à juger musicalement la qualité d’un live ou d’un album, du coup j’ai essayé une méthode qui a porté ses fruits: je lance la lecture de l’album et je m’affaire à des tâches diverses et variées (le ménage, par exemple). Si je bouge en rythme et que je commence à chanter en yaourt par dessus les crachouillements de mon enceinte alors c’est validé. Si au contraire j’ai envie de changer de chanson pour abréger mes souffrances, c’est un non. Voilà donc les résultats de cette expérience pour «20/20 Vision» :

Les favoris : 

  • «Hate Conquers All» cité plus haut car je trouve que c’est une bonne entrée en matière et qu’il donne le ton de l’album,
  • «A Nation Sleeps» parce que ce titre réveille la teenage émo qui est en moi, 
  • Bizarrement j’aime bien «Un-American», surement pour ce côté folk qui dénote avec tout le reste de l’album,
  • «It Went Off Like A Bomb» pour le son de cette batterie très street punk 2000, moi nostalgique ? Noooon. 

Les grands perdants : 

  • «Unbreakable» qui sonne un peu trop comme un générique de Disney,
  • Très déçue par «You Make Me Sick», je m’attendais à un déferlement de haine car ce sont le genre de mots que l’on dédit à la personne que l’on déteste le plus et pourtant ce titre aurait mérité l’énergie qu’a «A Nation Sleeps» + je trouve que les “wo oh wo oh” gâchent le morceau.
  • «Resistance Frequencies» : j’ai eu du mal avec l’arrangement de la voix sur les refrains et avec les sons de trompette/cor/instrument à vent (rayer la mention inutile) dans le fond. Assez déçue que l’album se termine sur ce titre, bien que les voix sur les couplets aient l’énergie punk qu’on attendait. 

Penchons nous maintenant un peu sur l’intitulé «20/20 Vision». Deux sens possibles à cela: une vision excellente certifiée par un ophtalmologiste qualifié OU une vision sur l’année 2020 (qui se dit aussi «twenty twenty» en anglais, enfin en américain parce que les anglais ne feraient pas ce genre d’affront linguistique). Envisageons même un combiné des deux: une vision claire sur l’année à venir. Si ce qu’ils annoncent dans cette prophétie d’une trentaine de minutes s’avère juste pour cette année alors il va falloir s’armer de beaucoup de courage. Ils n’avaient sûrement pas prédit le corona mais je trouve la situation plutôt cocasse. 

Ça tombe bien, du courage cet album en donne. Malgré les paroles plus que plombées, malgré ce rappel que l’un des pays les plus puissant du monde a à sa tête un dirigeant sans scrupule, malgré le triste constat que nous sommes en partie la maladie de cette terre (le titre « The Disease » parle de l’impact écologique de l’Homme), malgré le fait qu’en 2020 il faille encore protester contre les inégalités, les discriminations, le fanatisme religieux ou le fascisme, cet album donne juste ce qu’il faut d’énergie pour déplacer des montagnes (oui je viens du sud j’exagère peut être un petit peu), ou du moins en ces temps cloîtrés, juste ce qu’il faut pour se réveiller en se trémoussant et c’est déjà bien. 

Avec ce qui se fait aujourd’hui dans la scène punk internationale Anti-Flag a un petit goût de super-production teintée de nostalgie. Si vous aimez Bad Religion, Pennywise, NOFX et Rancid alors vous aurez sûrement plaisir à écouter cet album, mais si vous préférez IDLES, Fontaines D.C. ou Jessica93 passez votre chemin.

Dans tous les cas, stay home, stay safe, on ne se retrouve pas au Hellfest mais à l’Xtreme Fest je l’espère, en compagnie d’Anti-Flag qui font partie des têtes d’affiches du festival ! 

See you soon, 

Léa. 

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